L'instrument anonyme de Saint-Savin fut, pendant quatre siècles,
le seul orgue de tout le Lavedan et demeure l'un des plus anciens de
France.
C'est sous l'administration de François de Foix Candale, Abbé de 1543
et 1593, que fut construit cet orgue, comme le laisse entendre
l'inscription peinte au-dessus du clavier: « Hoc organu(m) factu(m)
fuit ad honor(em) totius cursae celestis an(no) 1557 » (« Cet orgue a
été élevé en l'honneur de toute la cour céleste, en l'an 1557 »).
Précieux vestige d'un monastère d'abord florissant, puis abandonné et
enfin transformé en paroisse, l'instrument fit l'objet d'un relevage
par Antoine Riballier, en 1618.
Si l'on connaît le nom de plusieurs de ses organistes pendant le XVIIe
siècle, on ignore son histoire pendant le XVIIIe siècle. Abandonné sous
la Révolution, il fut alors pillé de sa tuyauterie.
Le soubassement du buffet est habillé de panneaux couverts de peintures
du plus haut intérêt, consistant en des marbres en trompe-l'oeil, des
fleurs, des violons, musettes, hautbois et violes, des partitions
musicales aux feuillets ouverts, des personnages de l'Ancien Testament
(Adam, Ève, le serpent, David, les prophètes Jérémie, Isaïe et Daniel,
les sibylles Hellespont, Tibur et Agrippa) et du Nouveau Testament
(Saint Pierre et Saint Paul). À gauche et à droite du clavier, sont
peints l'Agneau de Dieu et des motifs grotesques.
Enfin l'orgue comprend des accessoires visuels et sonores que peut
actionner l'organiste: des étoiles, des masques à mâchoires et yeux
articulés, un rossignol, un tremblant.
Il faudra attendre les années 1970 pour que Xavier Darasse et
Jean-Pierre Decavèle (respectivement Rapporteur auprès de la Commission
Supérieure des Orgues Historiques et Technicien-Conseil auprès du
Ministère de la Culture) lancent le projet d'une restauration. En 1994,
la D.R.A.C. de Toulouse décide une restauration « à l'identique » de
cet instrument quasi mythique.
D'origine, subsistaient le buffet, les sommiers, les faux-sommiers, les
registres « à l'italienne » (transversaux et non tirés), deux soufflets
cunéiformes, des morceaux de claviers, de rares fragments de tuyaux,
des traces d'étiquettes de registres et de passage de mécanique, des
diamètres de trous, inscriptions de notes, etc.: suffisamment pour
reconstituer l'ensemble dans sa physionomie primitive.
Ce travail de restauration a été mené à bien par Alain Sals et Charles
Henry, facteurs d'orgues à Entrechaux pour la partie instrumentale, par
l'entreprise G. Simian de Saint-Gret pour la tribune et enfin par
Pierre Belin et Françoise Bernon pour les peintures.
L'étendue du clavier est particulière: de Fa1 à La4 (sans premiers Fa# et Sol#, ni dernier Sol#).
La mécanique est directe, « en éventail », sans abrégé. Les huit jeux sont dans l'esprit du « ripieno » italien.
Le diapason est au La 365 (soit une tierce mineure plus bas que le ton
moderne).
Le tempérament est mésotonique, ce qui exclut de jouer des
musiques comportant trop d'altérations mais favorise merveilleusement
une assez abondante littérature européenne pour un clavier en
provenance d'Italie, des Pays-Bas, de l'Espagne, de Portugal, de
l'Allemagne, de la France, etc.