Orgues en France et dans le monde.

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Pithiviers  (45)

Eglise St Salomon et St Grégoire

J.B Isnard, 1789


Composition :

I. Positif II. Grand-Orgue  III. Récit  Pédale 
       
Montre 8' Montre 16' Cor de nuit 8' Soubasse 32'
Bourdon 8' Bourdon 16' Flûte traversière 8' Bourdon 16'
Prestant 4' Montre 8' Viole de gambe 8' Flûte 16'
Nazard 2 2/3' Bourdon 8' Voix céleste 8' Bourdon 8'
Doublette 2' Flûte harmonique 8' Prestant 4' Flûte 8'
5Tierce 1 3/5' Prestant 4' Flageolet 2' Flûte 4'
Larigot 1 1/3' Flûte à cheminée 4' Cornet V Bombarde 16'
Plein-Jeu V Grosse tierce 3 1/5' Cymbale IV Trompette 8'
Cromorne 8' Nazard 2 2/3' Basson-Hautbois 8' Clairon 4'
Trompette 8' Doublette 2' Voix humaine 8'  
Clairon 4' Quarte de nazard 2' Trompette 8'  
  Tierce 1 3/5' Clairon 4'  
  Cornet V    
  Fourniture IV    
  Cymbale V    
  Bombarde 16'    
  Trompette 8'    
  Clairon 4'    

Autres caractéristiques :
50 jeux - 3 claviers manuels de 56 notes et pédalier 30 notes
Traction électro-pneumatique
Accouplements : POS/GO; REC/GO 16,8
Tirasses : GO/PED, REC/PED, POS/PED
Appels anches : PED - anche-mixtures : POS, GO, REC
Tremblant: REC
Machine Barker : GO


Voir les compositions d'Isnard, Cavaillé-Coll et Boisseau


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Historique :



On retrouve les premières traces de la présence d’un orgue en l’église paroissiale dans la « Petite Histoire de Pithiviers », de l’abbé Moufflet : « En 1623, une paire d’orgues de 4 pieds, de hauteur et grosseur convenables, garnies de ses soufflets et autres ustensiles, fut achetée à Jean Moutton, prieur et curé d’Egry, moyennant 300 livres tournois ».

En 1784, le curé, l’abbé François Regnard, fait construire en son église un grand orgue de « huit pieds » (ainsi désignait-on autrefois l’importance d’un orgue par la hauteur en pieds de son tuyau le plus long : l’usage en est demeuré de nos jours). Il fait appel pour cette réalisation au facteur d’orgues Jean-Baptiste Isnard, installé à Orléans et neveu du célèbre facteur d'orgues Jean-Esprit Isnard. Cet orgue est achevé pour la fête de saint Salomon 1784 et est reçu du 10 au 12 juillet 1784 par monsieur Gonnin, organiste à Saint-Benoît-sur-Loire. Il s'agit d'un instrument composé d'un seul clavier et une quinzaine de jeux qui subsiste toujours : il constitue la partie centrale de l’orgue actuel (les trois tourelles centrales du grand buffet, et le petit buffet en encorbellement, appelé «Positif»).

Deux ans plus tard, en 1786, l’abbé Regnard décide d’agrandir cette première réalisation et il demande à Jean-Baptiste Isnard d’y adjoindre deux « ailes » de seize pieds (les deux grandes tourelles latérales du grand buffet) : cette construction en deux étapes explique le dessin incurvé du soubassement du grand buffet, qui semble envelopper le positif, dessin qu’il est rare de rencontrer car généralement les soubassements sont droits. L’orgue est donc devenu ce qu’il est convenu d’appeler un « Grand Seize Pieds » que l'on retrouve principalement dans les cathédrales. Le petit instrument et sa tribune sont démontés pour être installés au-dessus de la porte sud tandis qu'une nouvelle tribune de vaste dimension est construite à l'ancien emplacement. Les boiseries du petit instrument sont intégralement intégrées au nouveau buffet étant placées au centre du nouveau buffet. Lorsque terminé, le nouvel instrument possède 42 jeux, répartis sur les quatre claviers traditionnels à l’époque : Positif, Grand-Orgue (claviers complets), Récit et Echo (1/2 claviers), et un Pédalier. Le buffet comprenait une statue du roi David sur la tour de droite, une statue de sainte Cécile sur celle de gauche, tous deux jouant de la harpe tandis qu'un ange jouant de la trompette trônait sur la tour centrale. Le jeu de Bombarde 16' au Grand-Orgue est ajouté plus tard. L’instrument a coûté cent mille livres : une somme formidable pour l’époque. L'abbé Regnard fit don du buffet. L’inauguration eut lieu le 3 août 1789.

Peu de temps après, au cours de la Révolution, les statues et sculptures sont sauvagement mutilées et l’animosité de certains ouvriers pithivériens, froissés d’un choix Orléanais étranger à la ville, a l’occasion de se manifester dans cette destruction; fort heureusement, l’orgue lui-même est épargné, grâce à Jean-Baptiste Claude Talon qui veille sur sa conservation. La réfection des sculptures est faite par Roch-Bierre en 1803 : mais hélas les trois statues avaient disparu et elles ne furent point refaites.

Quelque cent ans plus tard, une restauration étant devenue indispensable, le curé, Monseigneur Chabot, s’adresse à la célèbre firme Cavaillé-Coll. C'est ainsi que Félix Reinburg, de la maison Cavaillé-Coll, arrive à Pithiviers en 1889 pour visiter l’instrument : il y trouve l’orgue d’Isnard intact, mais en très mauvais état, et propose, non seulement de le restaurer, mais de le mettre au goût du jour. Comme les finances de la paroisse ne sont pas florissantes et que le budget de restauration est maigre, Cavaillé-Coll se trouve contraint par nécessité de garder la majeure partie de la tuyauterie d’Isnard. Pour arriver néanmoins à ses fins, il refond les deux demi claviers de Récit et d’Echo en un seul grand clavier de Récit complet qu’il enferme dans une « boîte expressive », refait entièrement la transmission mécanique et la soufflerie, supprime la plupart des jeux de mutation (tierces, grosse tierce, larigot, etc..., sauf les Nasards qu’il rebaptise « Quintes »), recompose les Pleins-Jeux qu’il réduit à 6 rangs au clavier de Grand-Orgue, « maquille » les anches en revêtant les languettes de basane, ajoute à tous les claviers les jeux gambés qu’il affectionne (Viole de Gambe, Voix Céleste, Violoncelle, Unda Maris, etc.), met toute la tuyauterie au diapason moderne par entailles au haut des tuyaux (procédé qui permet un accord plus facile, mais altère quelque peu la pureté du son), et en fin de compte nous laisse un très bel orgue, d’esthétique résolument romantique. L’instrument comporte maintenant 45 jeux répartis sur trois claviers complets et un pédalier, et il est muni des derniers perfectionnements techniques : pédale d’expression, leviers de transmission pneumatique Barker, pédales de combinaisons, accouplements des claviers entre eux et avec le pédalier (tirasses). L’inauguration en est faite le 23 juin 1890 par Alexandre Guilmant.
À nouveau, 70 ans se passent, et aucun entretien n’est effectué. En 1960, l’instrument est dans un état déplorable.

Grâce au curé, le chanoine Gaillard, à la Municipalité et au Conseil Général, des travaux sont décidés, et l’on contacte le facteur d’orgues poitevin Robert Boisseau, qui, en visitant la tuyauterie, y découvre, sous une imposante couche de poussière, qu’une grande partie des tuyaux d’Isnard est toujours en place, et que l’orgue possède en fait 27 jeux de facture ancienne, dont 24 authentiques d’Isnard, sur 45. C’est là que se pose le problème de la restauration : faut-il réparer purement et simplement l’orgue tel qu’il est sorti des mains de Cavaillé-Coll, ou faut-il tenter de reconstituer, au moins dans son esthétique, l’orgue d’Isnard? La réponse est évidente : la richesse du matériel ancien, en qualité comme en quantité, est telle qu’il serait impardonnable de ne pas restituer l’essentiel de l’orgue du XVIIIe siècle. Néanmoins, un certain nombre d’apports de Cavaillé-Coll sont conservés, puisque l’importance de l’instrument le permet.
La restauration est donc entreprise par Robert Boisseau selon cette ligne directrice. Il s’attache donc tout spécialement à la tuyauterie : la mécanique de Cavaillé-Coll, moins ancienne, est demeurée dans un état convenable, et sera simplement démontée et révisée (la reconstitution d’une « mécanique suspendue » à l’ancienne, ne pouvant être envisagée pour l’instant de par son coût, est reportée à une éventuelle tranche de travaux ultérieure).
Les points essentiels de cette restauration sont les suivants:

o    Reconstitution d’un Grand Plein Jeu classique

C’était un problème capital : le «Plein-Jeu», ou «Plenum», d’un orgue est une combinaison de registres absolument typique dans l’orgue ancien, qui crée cette sorte de scintillement caractéristique de sa sonorité, grâce à la superposition, dans l’aigu, de séries de quintes et d’octaves harmoniques du son fondamental. Il aurait évidemment fallu retrouver le plan des Pleins-Jeux d’Isnard; malheureusement, il a été impossible de retrouver le relevé qu’en avait probablement fait Cavaillé-Coll, et ce dernier les avait modifiés en 1890 de façon telle qu’on ne peut plus savoir ce qu’ils étaient auparavant. Aussi Robert Boisseau, s’appuyant sur le célèbre traité de Dom Bédos, et s’inspirant de quelques relevés de Pleins-Jeux d’instruments anciens authentiques, a-t-il complètement repensé et recomposé un Grand Plein-Jeu «à l’ancienne», utilisant partiellement le principe des recoupes que F.H. Clicquot avait appliqué à l’orgue de Souvigny. La réussite est totale, et le «Grand Plein-Jeu de 16 pieds» de l’orgue de Pithiviers, avec ses 14 rangs au Grand-Orgue et au Positif, sonne somptueusement. (Au clavier de Récit, une Cymbale de 4 rangs, un peu plus aiguë, et un peu en marge des compositions classiques, porte à un total de 18 le nombre de rangs de «Plénum» complet).

o    Reconstitution des jeux de mutation

Ces jeux, indispensables à l’exécution de la musique ancienne, sont reconstruits à neuf, aux mêmes tailles et dans le même métal que les tuyaux authentiques restant dans l’instrument (en prenant pour modèle les «Nazards» que Cavaillé-Coll avait heureusement conservés). Il s’agit de :

au Grand-Orgue :         Grosse Tierce 3 1/5 - Quarte de Nazard 2 - Tierce 1 3/5'
au Positif :                    Tierce 1 3/5 - Larigot 1 1/3'

o    Remise en état de la tuyauterie d’époque


Soudure de toutes les entailles faites par Cavaillé-Coll aux tuyaux anciens, et « rediapasonnage » par décalage pour retrouver les tailles établies par Isnard; suppression des dents dans les biseaux. Les tuyaux sont « coupés sur le ton », comme cela se pratiquait autrefois.


o    Modifications et adjonction de jeux


Pose d’un Prestant 4' et d’une Cymbale de 4 rangs au Récit, d’une Soubasse 32', Bourdon 16' et Bourdon 8' à la Pédale (par dédoublement électrique) : le Hautbois 8' du Positif, dû à Isnard, passe au Récit en remplacement de celui de Cavaillé-Coll : la deuxième Trompette 8' du Grand-Orgue passe en Clairon 4' au Récit.


o    Modifications mécaniques


Les claviers manuels sont portés à 56 notes (contre 54) : le pédalier est porté à 30 notes (contre 27). Il est posé un «flanc» au sommier de Récit pour y placer un 12e jeu; des appels anches-mixtures sont installés au Récit et au Positif, et une Tirasse Positif est mise en place. Enfin, ré-harmonisation de l’ensemble en ramenant les fortes pressions d’air de Cavaillé-Coll (140 mm au Grand-Orgue) à des valeurs plus normales, telles qu’on les utilisait au XVIIIe siècle. Le remarquable talent d’harmoniste de Robert Boisseau a fait ici merveille.


Après cette restauration, l’orgue compte 49 jeux (contre 45 précédemment), répartis sur trois claviers manuels et un pédalier. Sur ces 49 jeux, 24 sont authentifiés d’Isnard, 3 sont dus à des facteurs contemporains ou appartenant à la période classique (Clicquot et Dallery), ce qui porte à 27 le nombre des jeux anciens authentiques; et, si l’on y ajoute les huit jeux refaits par Robert Boisseau selon l’esthétique ancienne, on dispose au total de 35 jeux de facture classique (pour la plupart en étain martelé, y compris les jeux neufs) pour exécuter la musique de cette époque. La composition de l’orgue est d’ailleurs éloquente : l’esthétique sonore du XVIIIe siècle y a été restituée sans compromis, et les registrations en usage chez les auteurs français de ce temps-là peuvent y être pratiquées avec un respect scrupuleux de la tradition. Néanmoins, l’orgue a gardé, comme prévu, un certain nombre d’apports de Cavaillé-Coll, surtout au Récit, ce qui permet d’y jouer également les auteurs romantiques et modernes.

Le 1er avril 1962, l'orgue est béni par Mgr Picard de la Vacquerie, évêque d'Orléans, et, la même journée, le concert inaugural est donné par Maurice et Madeleine Duruflé.

En 1980, le facteur Jean-Loup Boisseau ajoute, par dédoublement électrique, le jeu de Soubasse 32' à la Pédale puis, en 1990, il ajoute un jeu de Flûte à cheminée 4' au la division du Grand-Orgue.

Suite à la plus récente restauration effectuée par le facteur Bertrand Cattiaux, l'orgue sera béni par Mgr André Fort, évêque d'Orléans, le 21 septembre 2008, cérémonie qui sera suivie d'un concert inaugural donné par François-Henri Houbart, titulaire des orgues de l'église de la Madeleine, à Paris.

À la base, il s'agit d'un orgue classique sans concessions, auquel viennent se superposer, avec un rare bonheur, les éléments du XlXe siècle nécessaires à la musique romantique. Cet orgue est classé « Monument Historique » depuis la restauration de 1962, vu l’importance de sa tuyauterie ancienne; le buffet, quant à lui, était classé depuis 1914.


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Photos :

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