Orgues en France et dans le monde.

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Paris 5è  (75)

Eglise Notre-Dame du Val-de-Grâce

Cavaillé-Coll, 1853


Composition :

Récit Grand-Orgue Pédalier
     
Trompette 8' Clairon 4' Soubasse 16'
Voix Humaine 8' Trompette 8' Flûte 8'
Octavin 2' Doublette 2' Trompette 8'
Voix Céleste 8' Gambe 4' Bombarde 16
Flûte Harmonique 8' Prestant 4'  
Basson-Hautbois 8' Bourdon 8'
Gambe 8' Bourdon 16'
Flûte octaviante 4 Salicional 8'
  Montre 8'

Autres caractéristiques :
21 jeux - 2 claviers manuels de 54 notes et pédalier 30 notes
Traction mécanique - machine Barker au G.O
Tirasses :.G.O / Réc
Appel G.O - R/G.O 8' - R/G.O 16'
Pédale d'expression - Trémolo
Appel Anches G.O – anches Récit
Console indépendante tournée face à l'orgue


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Historique :


Le Val-de-Grâce étant abbaye royale, les plus éminents musiciens s'y produisirent : Lully dirigea l'office des ténèbres du vendredi Saint et Moulinié fut l'un des maîtres de chapelle. Au XXe siècle, les meilleures chorales parisiennes animèrent les grands offices militaires, Léonce de Saint-Martin, Gaston Litaize, Pierre Cochereau, pour ne citer qu'eux, tenant les claviers, tandis que, souvent, l'Orchestre de la Garde Républicaine assurait la partie orchestrale.

L'on ne sait rien, cependant, de l'orgue qui se trouvait dans le chœur des religieuses avant la Révolution, durant laquelle il est démonté et dispersé, les tuyaux étant fondus pour fabriquer le plomb réclamé par les armées de la jeune République. On connaît seulement le nom de l'auteur du buffet, Germain Pilon, maître-ébéniste du roi, à qui l'on doit celui, somptueux, de l'orgue de St Louis des Invalides. Ce buffet se trouverait aujourd'hui en l'église Saint-Pierre de Montmartre.

Il faut attendre un siècle pour qu'un instrument à tuyaux retrouve sa place au Val-de-Grâce, mais revenons un peu en arrière. Le 6 décembre 1851, l'ancienne église Sainte-Geneviève, devenue Panthéon en 1791, est à nouveau rendue au culte catholique par le Prince-Président Louis Napoléon et confiée aux “Chapelains de Sainte Geneviève”. La nécessité d'un instrument à tuyaux se fait sentir. En novembre 1852, le génial facteur d'orgues Aristide Cavaillé-Coll soumissionne pour la construction d'un nouvel orgue en l’église Sainte Geneviève. Le 17 décembre suivant, le ministre de l'Intérieur signe le marché, d'un montant de 20.000 francs.

En 1853, Cavaillé-Coll installe le nouvel instrument, un 8 pieds de deux claviers-pédalier et de 21 jeux, qui participe ainsi au service de la liturgie. Clément Loret en est le titulaire.

En 1885, cette église redevient Panthéon sur décision du président Jules Grévy ; il convient alors de désaffecter le bâtiment.

En 1891, par entente entre les départements de la Guerre et des Travaux Publics, l’orgue est affecté à l’église de l’hôpital militaire du Val-de-Grâce où il est transféré la même année par le facteur Merklin, qui installe une machine Barker, ainsi qu'une nouvelle console. Sans doute se fait-il entendre une dernière fois, au Panthéon, lors des funérailles de Victor Hugo.

En 1927, un relevage est confié au facteur Paul-Marie Koenig, qui procède à de légères transformations et menus ajouts, fort heureusement sans incidences sur le caractère de l'instrument. La réception des travaux est faite, le 25 mai 1929, par Achille Philip, titulaire, professeur à la Schola Cantorum, André Marchal, Jean Huré, Maurice Sergent, Marc de Ranse, L. de Saint-Riquier. Le concert inaugural est donné, en mai également, par André Marchal et Achille Philip, en présence du lieutenant Koenig, futur maréchal de France, et de la maréchale Foch.

En 1946, le même Paul-Marie Koenig modifie très légèrement le clavier de récit.

Classé au titre des monuments historiques en février 1979, pour sa partie instrumentale, l’orgue a été restauré en 1992/1993, par la volonté de l'Ecole d'Application, grâce aux ministères de la Défense et de la Culture, dans le respect de sa composition d'origine.

Ce travail a été effectué par les facteurs François Delangue et Bernard Hurvy, ce dernier étant depuis chargé de l'entretien. Les modifications de Koenig ont disparu et le "petit grand-orgue", comme l'appelait Cavaillé-Coll, du Val est aujourd'hui l'un des très rares témoins parisiens de l'art de Cavaillé-Coll parvenus jusqu'à nous sans dénaturations ou mises "au goût du jour" irréversibles. Seul a été conservé l'ajout des basses du récit, afin que l'orgue participe avec éclat aux cérémonies militaires et conserve son rôle primordial dans l'animation musicale de l'église. Cela explique, malgré sa taille relativement modeste, le renom dont il bénéficie à l'étranger, et ce jusqu'aux Etats-Unis.

Quant à ceux qui ont animé les claviers, on peut distinguer trois figures marquantes : Loret, Philip et Magrou.

Rendre hommage au professeur Joseph Magrou, c'est saluer l'organiste, l'élève de Vierne, mais aussi de Romain Rolland, c'est également saluer le médecin, biologiste et botaniste français de renom, qui fut notamment médecin militaire, et chef du laboratoire de bactériologie de l'ex-hôpital militaire Villemin, l'ancien couvent des Récollets. Il tiendra également un grand rôle à l'Institut Pasteur. Sa présence à l'orgue n'est-elle pas la preuve des liens unissant la médecine et la musique et traduisant la vocation hospitalière du lieu ?

Quant à Clément Loret, il tint les claviers de cet orgue lorsqu'il se trouvait au Panthéon. Loret était élève de Lemmens, il fut professeur à l'Ecole Niedermeyer et c'est d'ailleurs l'enseignement qui a occupé la plus grande place de sa carrière. Des oeuvres solides, une carrière discrète mais sur des rails bien droits, et un enseignement qui profitera à nombre de grands noms de la génération suivante. Il participera à l'inauguration du grand-orgue de Notre-Dame de Paris.

Enfin, Achille Philip, organiste titulaire du Val-de-Grâce de 1903 à 1950 et professeur d'orgue et d'harmonie à la Schola Cantorum de 1904 à 1950. Chaque année, il donnera, en l'église du Val-de-Grâce, les Passions selon Saint-Jean et Saint-Matthieu, de Bach, ainsi que le Requiem de Mozart. Lui non plus, si fortement encouragé par Vierne, n'aura pas la carrière que son talent aurait dû lui valoir. D'abord marqué par l'héritage franckiste, il saura s'en affranchir pour atteindre les rivages debussystes.

Il me faut également citer Jean-Dominique Pasquet, Christiane de L'Ile, Gilles Weber, l'abbé Gourdon et Georges Cathelat. Mentionnons également Léonce de Saint-Martin, organiste titulaire de Notre-Dame de Paris, qui fut vice-président de l'Association pour l'aide au Val-de-Grâce. Celle-ci fut créée après la IIe Guerre mondiale, afin d'aider au rééquipement des laboratoires du Val-de-Grâce et à la reconstruction de l'orgue, cette deuxième mission étant fort heureusement restée sans suite.

La restauration de cet orgue, à la composition homogène, aux sonorités personnelles et attachantes, et à la mécanique souple, a permis de renouer avec un prestigieux passé, tout en faisant de ce témoin historique un support de la musique du XXe siècle, en particulier de la musique d'aujourd'hui. Tradition et modernité constituent en effet le fil rouge des manifestations autour de l'orgue, récitals ou concerts avec orchestre, et de nombreuses créations et premières auditions françaises ont été données au Val, sans compter les enregistrements discographiques. Ceux-ci ont contribué à faire connaître l'orgue dans de nombreux pays et plusieurs compositeurs, français et étrangers, ont spécialement écrit pour cet instrument.

Depuis, la restauration, des organistes de tous pays viennent chaque mois, d'octobre à juin, donner des récitals qui, soutenus par l'Ecole d'Application et la direction de la mémoire, du patrimoine et des archives du ministère de la Défense, ont conquis un large public.

Tous ces concerts constituent, avec le musée, la vitrine culturelle du service des santé des armées, un élément actif de la mise en valeur d'un des hauts-lieux de la capitale, au bénéfice des parisiens et des touristes. Ils favorisent également le lien armée-nation en contribuant au rapprochement du monde militaire et du monde civil.



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Photos :

Paris Val de Grâce               Paris Val de Grâce


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