Orgues en France et dans le monde.

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Paris 6è  (75)

Eglise St Séverin

Cliquot, 1781 - Cavaillé-Coll, 1863



Composition :

Grand choeur : Grand orgue : Positif : Récit expressif : Solo: Pédale:
           
Salicional 8' Principal Harmonique 16' Violon basse 16' Quintaton 16' Bourdon 16' Principal basse 32'
Octave 4' Montre 16' Quintaton 16' Diapason 8' Flûte conique 16' Contrebasse 16'
Fourniture IV rgs Flûte conique 16' Salicional 8' Violoncelle 8' Principal 8' Principal 16'
Plein jeu IV rgs Bourdon 16' Viole de Gambe 8' Flûte harmonique 8' Violoncelle 8' Soubasse 16'
Cymbale VI rgs Montre 8' Flûte traversière 8' Bourdon 8' Viole de Gambe 8' Flûte 8'
Cornet V rgs Diapason 8' Quintaton 8' Voix céleste 8' Keraulophone 8' Principal 8'
Bombarde 16' Flûte harmonique 8' Unda Maris 8' Prestant 4' Flûte harmonique 8' Violoncelle 8'
Basson 16' Flûte traversière 8' Flûte octaviante 4' Flûte octaviante 4' Bourdon 8' Flûte 4'
1ère Trompette 8' Flûte à pavillon 8' Flûte douce 4' Dulciana 4' Grosse quinte 5' 1/3 Contre bombarde 32'
2ème Trompette harmonique 8' Bourdon 8' Dulciane 4' Nazard 2' 2/3 Prestant 4' Bombarde 16'
Basson 8' Grosse quinte 5' 1/3 Quinte 2' 2/3 Octavin 2' Flûte octaviante 4' Basson 16'
Clairon 4' Prestant 4' Doublette 2' Doublette 2' Octave 4' Trompette 8'
Clairon doublette 2' Doublette 2' Tierce 1' 3/5 Fourniture V rgs Grosse tierce 3' 1/5 Ophicleide 8'
    Larigot 1' 1/3 Cymbale IV rgs Quinte 2' 2/3 Clairon 4'
    Piccolo 1' Cornet V rgs Septième 2' 2/7  
    Plein jeu harmonique III/VI rgs Bombarde 16' Octavin 2'  
    Basson 16' Trompette 8' Cornet V rgs  
    Trompette 8' Clairon 4' Bombarde 16'  
    Baryton 8' Basson & Hautbois 8' Trompette 8'  
    Clairon 4' Cromorne 8' Clairon 4'  
      Voix humaine 8' Chamade 8'  

Autres caractéristiques :
102 jeux - 5 claviers manuels de 56 notes et pédalier 30 notes
20 pédales de combinaison : de gauche à droite :
1. I/P - 2. II/P - 3. IV/P - 4. Anches (Pédale) - 5.-9. I,II,III,IV,V Octave grave
10. I/II - 11.-13. V,III,IV Anches - 14.-18. I/I, II/I, III/I, IV/I, V/I - 19. IV/III - 20. Expression Récit
6 boutons de combinaisons : Pédale, Récit, Positif, Solo, Grand-Orgue, Grand-Choeur
sans aucun effet sur celle présentement utilisée.
Ces boutons, lorsqu'ils sont enfoncés, permettent à l'organiste de changer la registration.
Lorsqu'ils sont tirés, la registration préparée devient la registration courante.
Ce système permet aux assistants de préparer la registration suivante pendant que l'organiste utilise la registration courante.
Trémolo: Récit

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Historique :


Nicolas Pescheur, sans doute le fils de Pierre Le Pescheur qui, en 1544, était organiste à l’Hôpital du Saint-Esprit, est le premier organiste de Saint-Sulpice dont le nom nous est transmis par les archives. Entré au service de cette église au cours du derniers tiers du XVIe siècle, il mourut fin octobre 1603, et fut le dernier titulaire d’un antique instrument placé au-dessus de la porte d’entrée dans l’ancienne église. Cet instrument, devenu inutilisable dès les premières années du XVIIe siècle, ne servit plus que de montre jusqu’en 1614; on utilisait alors, provisoirement, un orgue placé dans le chœur et que la fabrique louait pour la somme de 36 livres par an.

En 1614, on décida de faire construire un nouvel orgue à partir d’éléments du vieil instrument. Vincent Coppeau fut chargé avec Pierre Pescheur d’établir un devis.

La restauration ne fut exécutée qu’en 1636 par Coppeau seul. Il donna quittance, le 19 juin, de la somme de 75 livres.
Vincent Copeau fut, à l’orgue de Saint-Sulpice, le prédécesseur de l’illustre organiste du roi Louis XIV, Guillaume-Gabriel Nivers (1617-1714), qui entra en fonctions en 1640. Nivers aura, comme successeurs, Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749) suivi de deux de ses fils, César-François (mort en 1761) et Evrard-Dominique (mort en 1773).
Dès que la construction du chœur actuel fut terminée, l’orgue fut installé sur une tribune placée au-dessus du maître-autel entre le chœur et la chapelle de la Vierge.

Ce vieil instrument fut remplacé en 1725 par un orgue plus puissant qui fut transporté, quatre ans plus tard, au-dessus du tambour de la croisée nord où il demeura jusqu’en 1784. Devenu inutile après l’achèvement du grand buffet, il fut alors cédé, pour la somme de 900 livres, à la fabrique de Passy.

Le grandiose projet du nouvel orgue de Saint-Sulpice commence à prendre forme en 1776. Deux projets de buffet sont présentés : le premier, de l’architecte Laurent, où il n’y avait pas de tuyaux apparents - une nouvelle mode - et le second, un dessin de Jean-François Chalgrin. Les marguilliers optèrent pour le deuxième projet car, selon eux, il s’harmonisait mieux avec la vaste tribune de pierre bâtie sur les plans de Servandoni.

Le 1er janvier 1778, un contrat fut signé avec le maître-menuisier Jadot (20,000 livres) et le sculpteur Duret (16,000 livres) pour la réalisation du buffet. Quant à l’orgue, le devis a été préparé par François-Henri Clicquot et révisé par Dom François Bédos tandis que le contrat fut signé, le 1er janvier 1780, pour la somme de 40,000 livres.
Adjoint au dernier des Clérambault depuis 1771, nommé, en 1772, l’un des quatre organistes de Notre-Dame, titularisé l’année suivante à Saint-Sulpice, l’organiste Claude-Étienne Luce dut suivre de près la marche des travaux.

L’orgue fut complété par Clicquot le 30 avril 1781. Les arbitres désignés pour la réception furent les trois organistes de Notre-Dame, Armand-Louis Couperin, Claude Balbastre et Nicolas Séjan, assistés de Jean-Jacques Charpentier. Dom Bédos qui s’était intéressé avec tant d’ardeur à la construction du monumental instrument, était mort depuis deux ans.
La réception officielle eut lieu le 15 mai 1781 et, devant l’intérêt manifesté par le public, une seconde audition eut lieu le lendemain.

Ce meuble grandiose de chêne sculpté, véritable monument de bois dans un monument de pierre en impose par sa masse car il n’a pas moins de 12 mètres (39 pi) de largeur sur 14 (46 pi) de hauteur. En adoptant une forme concave très accentuée, peu favorable à l’émission des sons, et en plaçant, au-devant des tuyaux, d’énormes colonnes et des statues de grandes dimensions qui constituent de véritables obstacles à la libre propagation du son, Chalgrin avait montré un exemple à ne pas suivre. Ces réserves faites, on ne peut qu’admirer la vigueur de conception, la solidité d’exécution et la richesse décorative du buffet de Chalgrin.
Le buffet dessine un large hémicycle, encadré de hautes colonnes de grandes dimensions, enrichies de cannelures et élevées au-dessus d’un soubassement massif. Les sept entrecolonnements, ainsi formés, sont garnis de statues derrière lesquels sont placés, au deuxième plan, les plus grands tuyaux masqués jusqu’à la bouche. La frise décorée d’un courant de rinceaux aux enroulements majestueux, et la corniche ornée de denticules, de médaillons et de rosaces, sont d’un travail délicat.
Le buffet du positif est composé d’une large plate-face simplement encadrée entre deux montants ornés d’une chute de fleurs, et d’une architrave. Il est surmontée d’un lourd cadran moderne.

L’orgue de Clicquot comptait 64 jeux, 5 claviers, un pédalier de 36 notes et 4,328 tuyaux alimentés par quatorze soufflets.

L’organiste Luce ne jouit pas longtemps de l’honneur et du plaisir de toucher le plus bel instrument de la capitale. Il mourut le 18 octobre 1783, à peine âgé de 34 ans. Son ami, Nicolas Séjan, lui succéda.

Pendant la Révolution, le chef d’œuvre de Clicquot fut heureusement préservé, résonnant triomphalement à maintes reprises. Dès que l’église fut rendue au culte, Nicolas Séjan reprit possession de son orgue, poste qu’il occupa jusqu’à sa mort le 16 mars 1819. Son fils, Louis (1786-1849), fut appelé à lui succéder suivi de Georges Schmitt de 1849 à 1863.

En 1834, Louis Callinet commence des travaux de restauration. Quatre ans plus tard, en proie à d’importantes difficultés financières et n’ayant pas achevé ce travail, Callinet vend son fonds de commerce à la Société Daublaine. Cette entreprise ne terminera pas la restauration et, en 1844, elle est, à son tour, vendue à la Société Girard qui elle-même est reprise, un an plus tard, par Ducroquet. Les travaux consistent en un nettoyage complet de l’instrument et l’apport de légères modifications : des rangs de mutations sont enlevés, des anches et une machine Barker sont ajoutées. La réception définitive a lieu en avril 1846. L’orgue compte désormais 65 jeux.

Suite à cette restauration, ni la paroisse ni l’organiste n’étaient satisfaits de l’instrument. En 1855, ils embauchent Aristide Cavaillé-Coll pour assurer l’harmonisation et l’entretien de l’instrument. Presque immédiatement, Cavaillé-Coll prépare et soumet un devis en vue d’une reconstruction complète de l’instrument. Il faut dire qu’il avait déjà fait preuve de son grand talent avec des réalisations, entre autres, à Saint-Denis, à Notre-Dame-de-Lorette, à Saint-Roch, et à la Madeleine.

Son projet est accepté et, en 1857, à peine dix ans après la fin de la restauration Daublaine-Callinet-Ducroquet, Cavaillé-Coll commence les travaux.

Après cinq années de travaux, le célèbre facteur établit, dans le buffet de Chalgrin, un instrument de 100 jeux devenant ainsi l’un des trois « cent jeux » européens avec l’orgue de la cathédrale d’Ulm (Walcker) et celui de la cathédrale de Liverpool (Willis). L’instrument possède 5 claviers manuels et pédalier, une magnifique console en terrasse et apporte une grande innovation qui consiste à confier le tirage des jeux aux machines Barker. Cette innovation permet, entre autres, de mémoriser une registration en plus des jeux préparés avec le système des doubles layes. De l’orgue de Clicquot, il conserve environ 40 rangs de tuyaux, incluant les mixtures et les anches. Ceci représente environ les 2/3 de l’instrument original. Il a aussi conservé 7 sommiers mais les a transformés pour y inclure une deuxième série de soupapes afin d’optimiser l’alimentation de vent. De Callinet, il conserve la Trompette en chamade, quelques bassons et des rangs d’anches. Il conserve aussi la machine Barker qu’il installe au Récit.

Toute la mécanique a été reconstruite de même que les systèmes de ventilation et d’alimentation d’air. Ces derniers sont équipés de différentes pressions d’air pour les sons graves et aigus de chaque rang pour le même jeu en plus de posséder des pressions plus élevées pour les anches que pour les jeux de fonds. Chaque division possède sa propre machine Barker alors qu’une machine générale est chargée des accouplements. Encore plus révolutionnaire est sa console. Une console traditionnelle française où les tirants sont disposés sur des étages droits aurait été trop large rendant ainsi l’action de l’organiste impossible d’atteindre les plus éloignés. Cavaillé-Coll a donc conçu une nouvelle console incurvée où chaque tirant fait face à l’organiste. Cette nouvelle disposition rendait impossible la traditionnelle traction mécanique où chaque tirant est directement attaché au registre via une tige de bois. Alors Cavaillé-Coll a décidé d’utiliser une machine Barker à double action pour tirer les registres. Les tirants sont connectés à la nouvelle machine par de petites vergettes ordinaires en bois créant ainsi une console plus compacte. Par l’utilisation de la machine Barker pour le tirage des jeux, il introduisit le premier modèle de mémoire mécanique jamais construit.
Le grand orgue est distribué sur sept étages, depuis le sol de la tribune jusqu’à la voûte, sur une hauteur de 18 mètres (59 pi). Quatre étages sont occupés par le mécanisme et les trois autres par les tuyaux.

Cavaillé-Coll n’a pas négligé d’embellir ce nouvel instrument avec ses flûtes harmoniques, des gambes impressionnantes et des anches puissantes. Il comprend 100 jeux, 5 claviers manuels et pédalier, 20 sommiers, 7 leviers Barker, 8 réservoirs à doubles plis, et presque 7,000 tuyaux incluant deux 32’, un bois ouvert et une bombarde.

L’inauguration de cet orgue monumental eut lieu le 29 avril 1863 avec la participation de César Franck, Camille Saint-Saëns, Alexandre Guilmant, Auguste Bazille et l’organiste titulaire, Georges Schmitt. Au même moment, Louis-James-Alfred Lefébure-Wély est désigné comme titulaire et il demande à Cavaillé-Coll d’installer une pédale d’orage, d’averse de grêle et un rossignol.

Après la mort de Lefébure-Wély, le 31 décembre 1869, le nom de Charles-Marie Widor (1844-1937) est proposé pour lui succéder. Bénéficiant du support de Cavaillé-Coll, il dut faire face aux protestations des paroissiens qui le trouvaient trop jeune (26 ans) pour remplir une aussi prestigieuse fonction en plus d’avoir un nom à consonance allemande (c’était en 1870, quelques mois avant la guerre franco-prussienne). En compromis, le curé l’embaucha pour une période probatoire d’une année. À la fin de ce terme, ni Widor ni le curé ne souleva le sujet du statut de Widor de sorte que celui-ci demeura « en probation » jusqu’à sa retraite le 31 décembre 1933, soit 64 ans plus tard!
Durant le terme de Widor, l’orgue a été restauré et nettoyé plusieurs fois.

En 1883, le premier nettoyage fut fait par Cavaillé-Coll lui-même et quelques modifications mineures furent apportées principalement afin d’assurer un meilleur apport de vent aux notes graves du Récit.

En 1903, Charles Mutin, successeur de Cavaillé-Coll, entreprit une restauration majeure de l’instrument et apporta des modifications à la demande de Widor. Comme il était difficile d’utiliser la division du Récit, placée du cinquième clavier, en même temps qu’un passage compliqué à la pédale, il fut décidé de le descendre au quatrième clavier. Cette modification entraîna le déplacement du Positif du quatrième au troisième clavier et le clavier de Bombarde, renommée Solo avec ses anches puissantes, fut monté du troisième au cinquième clavier. En même temps, certaines modifications furent apportées à la composition sonore de l’instrument. Ainsi, la Clarinette du Positif fut remplacée par un Baryton 8’ et l’Euphone 8’ du même clavier par un Basson 16’. Trois nouveaux jeux furent introduits par échange : un Diapason 8’ au Récit, une Septième 2 2/7’ et une Trompette en chamade 8’ au clavier de Solo. Cet orgue rajeuni devait inspirer Widor pour le reste de sa vie. Sa seule critique étant que la division de la Pédale restait trop faible avec seulement 12 jeux. Pour marquer sa retraite, en 1933, la paroisse lui a offert deux jeux additionnels pour la Pédale soit un Principal 16’ et 8’ installés, par Pleyel-Cavaillé-Coll, à l’extérieur du buffet sur des sommiers pneumatiques à boursettes. Après cette modification, l’orgue contient 102 jeux et est le plus grand de tout Paris jusqu’à ce que l’orgue de Notre-Dame soit agrandi dans les années 1960. Aucune autre modification n’a été apportée à l’instrument depuis le départ de Widor.

Après le départ de Widor, Marcel Dupré (1886-1971), son assistant, est nommé titulaire en 1934 et restera en fonction jusqu’à son décès, le 30 mai 1971, dimanche de la Pentecôte. Cet instrument a donc connu, au cours d’une période de cent ans (1871-1971) que deux organistes et ce fait a certainement joué un rôle prépondérant dans sa préservation au moment où la vague néo-classique a envahi plusieurs instruments les modifiant de façon méconnaissable.

Jean-Jacques Grünenwald (1911-1982), qui a été l’assistant de Dupré durant la Seconde guerre mondiale, a succédé à son maître en 1971. Il sera le titulaire jusqu’à sa mort en décembre 1982.
De 1982 à 1985, l’intérim fut comblé par Françoise Renet (1924-1995) déjà assistante de Grünenwald depuis 1973.
Daniel Roth en est le titulaire depuis 1985.
Une des priorités de Roth a été de mettre en marche une nouvelle restauration de l’instrument qui n’avait pas été nettoyé depuis les années 1950. Ainsi, de 1988 à 1991, le facteur Jean Renaud a procédé au dépoussiérage de l’instrument ainsi qu’à un recuirage complet et ce, dans le respect le plus complet de l’authenticité.

Pour le facteur qui accède à l’instrument pour la première fois, il est toujours surpris de l’extrême logique quant à la disposition et l’accessibilité aux divers éléments et composantes. Un grand réseau d’escaliers, passerelles et échelles permettent une harmonisation et une maintenance facile et agréable. Quoique le buffet renferme la tuyauterie et la mécanique pour 100 jeux alors qu’il a été conçu, au début, pour n’en contenir que 64, l’agencement des 7,000 tuyaux n’est pas encombré et chacun sonne librement et naturellement.

Il faut être reconnaissant à quatre générations d’organistes qui ont joué et préservé cet instrument exceptionnel et il est à espérer que, dans le futur, la même attention et le même amour lui soient accordés pour la plus grande satisfaction de tous.

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Photos :

Paris St Sulpice orgue Cavaillé-Coll

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Paris St Sulpice orgue Cavaillé-Coll          
      
Paris St Sulpice orgue Cavaillé-Coll


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