Orgues en France et dans le monde.

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Paris 1er  (75)

Eglise St Roch

Lesclop-Cliquot
, 1756


Composition :

II. Grand-Orgue I. Positif III. Récit expressif IV. Bombarde Pédale
         
Corni dolci 16' Montre 8' Flûte harmonique 8' Bombarde 16' Flûte 16'
Montre 16' Bourdon 8' Bourdon 8' 1ère Trompette 8' Flûte 8'
Bourdon 16' Flûte harmonique 8' Gambe 8' 2è Trompette 8' Grande Quinte 5 1/3'
Montre 8' Gambe 8' Voix céleste 8' Clairon 4' Flûte 4'
Salicional 8' Voix céleste 8' Flûte octaviante 4' 2è Clairon 2/4/8' Bombarde 16'
Bourdon 8' Prestant 4' Octavin 2'   Trompette 8'
1ère Flûte harmonique 8' Dulciana 4' Trompette 8'   Basson 8'
2è Flûte harmonique 8' Nazard 2 2/3' Basson-Hautbois 8'   Clairon 4'
Prestant 4' Doublette 2' Voix humaine 8'   Clairon 2'
Gambe 4' Tierce 1 3/5' Clairon 4'    
Octavin doublette 2' Grande Fourniture II Trémolo  
  Fourniture IV    
  Cymbale III    
  Cornet V    
  Trompette 8'    
  Cromorne 8'    
  Hautbois 8'    
  Clairon 4'    

Autres caractéristiques :
53 jeux - 4 claviers manuels de 54 notes et pédalier 30 notes
Traction mécanique des claviers et des jeux
Accouplements : POS/GO 8'; BB/GO 8'; REC/BB 8'; REC/GO 16',8'
Tirasses : POS/PED, GO/PED, REC/PED, BB/PED
Appel d'anches à la Pédale par coupe-vent
Appel d'anches au Récit par double-registres
Appel machine Barker - Suppression Bombarde
Pédale d'expression : Récit



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Historique :


Jean Landrin était en 1754, titulaire des orgues de Saint-Roch, à l'époque où l'on édifiait le buffet dont on admire aujourd'hui la magnifique élégance. Il fut le prédécesseur du fameux Claude Balbastre (1727-1799) "l'organiste des grâces", qui entra en fonctions comme survivancier dès le 26 mars 1756, et fit aussitôt de l'orgue de Saint-Roch son instrument de prédilection.
Installée au-dessus d'une arcade surbaissée que couronne une balustrade à jour, la tribune de pierre qui supporte les orgues occupe toute la largeur de la nef; dans le tympan de l'arc, sont sculptés deux anges ailés en bas-relief, ouvrages de Clair-Claude Francin (1702-1773) dont les modèles furent exposés au Salon de 1740: l'ange du côté gauche, assis sur des nuages, tient une flûte dans ses mains; celui de droite est installé devant un clavier d'orgue.
La balustrade qui règne au-dessus de l'arc, est interrompue par une large console décorée de coquilles, de feuilles d'acanthe et d'instruments de musique; le positif, supporté par cette console, et dominé par un ange ailé jouant du violon.
Les cinq tourelles du corps principal (haut de neuf mêtres et large de six), reposent également sur des consoles aux puissantes moulures: celles du centre, sont ornées de deux anges portés sur des nuages, celles des extrémités, de têtes de chérubins.
Il faut remarquer les traverses chantournées et taillées d'ornements, qui servent à retenir les tuyaux de la montre, ainsi que les gracieux palmiers accotés au grand buffet, et admirer comment, dans ce meuble magnifique, tous les éléments décoratifs composent un ensemble de masses disposées avec un sens remarquable de l'harmonie et de la perspective.
En ce qui concerne la perfection de l'exécution, les sculpteurs et les menuisiers en admireront la réalisation monumentale; il ne s'agit plus ici d'une réunion de panneaux sculptés et rapportés, mais de ravalement en plein bois, de travail à grands coups d’herminette, selon les méthodes et la pratique des sculpteurs qui travaillaient à l’ornementation des vaisseaux de l’État et formaient une véritable corporation de spécialistes de la grande décoration.
Aucune pièce d'archives ne donne de renseignement sur les auteurs des devis de menuiserie ou de sculpture, non plus que sur la date de leur exécution; mais le Livre nouveau ou Règle des cinq ordres d'architecture de Jacques Barrozio de Vignole, revu et publié, en 1757, par Blondel, nous offre une gravure représentant le buffet de Saint-Roch (planche 83), avec la mention: "Élevé en l'an 1751"; on sait d'autre part, que c'est en 1750 que François-Henri Lesclop reçut commande d'un grand seize pieds (4 claviers, 34 jeux) pour la somme de 7 700 livres. À sa mort, sa veuve demanda, en 1752, à Louis-Alexandre Clicquot d'achever l'ouvrage qui sera reçu en 1756. Au moment de son installation, il était déjà considéré comme l'un des meilleurs et des plus complets de la capitale.

Au cours de l'an 1769, François-Henri Clicquot effectue divers travaux, refaisant des sommiers, ajoutant des jeux d'anches et des flûtes. Ces trauvaux furent reçus à la grande satisfaction des quatre organistes de Notre-Dame, Armand-Louis Couperin, Claude-Bénigne Balbastre, Nicolas Séjan et Marc-Antoine Charpentier, le 14 décembre.
Au cours de la Révolution, les soldats de Bonaparte pénétrèrent dans la tribune. Ils enlevèrent un grand nombre de tuyaux d’étain et les firent fondre pour en fabriquer des cuillers, de sorte qu’après la Révolution, il ne restait plus que 1367 tuyaux sur les 2795 dont se composait l’instrument avant la fermeture de l’église. Quand le culte fut rétabli, Claude Marduel, curé de Saint-Roch, dans l’impossibilité d’utiliser son grand orgue, demande et obtint celui de l’abbaye de Saint-Victor; mais il ne put jamais en prendre possession et dut se contenter de matériaux déposés aux Menus-Plaisirs, et prélevés dans des orgues provenant de la chapelle de l’École Militaire et de l’église des Petits-Augustins « sauf les grands jeux » de ce dernier instrument. Le facteur Pierre Dallery tira donc le meilleur parti des tuyaux mis ainsi à sa disposition, et arriva à mettre l’orgue en état de fonctionner d’une manière satisfaisante pour l’inauguration de 1805.

En 1820, le fils de Pierre Dallery, Pierre-François, complète ce travail en multipliant les flûtes, les anches et en étoffant la pédale.

De 1839 à 1842, Aristide Cavaillé-Coll renouvele entièrement l'instrument en conservant néanmoins une partie des anciens tuyaux. Il installe quelques jeux nouveaux au positif et au grand orgue, donne aux claviers manuels l'étendue de 54 notes, construit un récit expressif tout neuf, installe une machine Barker, et donne aux jeux à bouche le timbre exquis qu'ils ont toujours conservé. Notons que la pédale est à ravalement au Fa pour les flûtes comme pour les anches (25 notes).

Relevé en 1859, puis en 1881 par Cavaillé-Coll et en 1901 par Charles Mutin, qui établit la pédale de Ut1 à Ut3, l'orgue de Saint-Roch est toujours demeuré d'un maniement incommode, mais il pouvait, quand même, être cité comme un modèle à proposer aux "harmonistes" pour la richesse, l'éclat, ou la suavité de ses timbres.

Une restauration complète est entreprise en 1927 par le facteur Joseph Gutschenritter fils. Les jeux du Récit parleront sur le troisième clavier tandis que ceux du sommier de Bombarde, primitivement commandés par le troisième clavier, le seront sur le quatrième. Le Récit sera enrichi qu'un Quintaton de 16 pieds, d'une Gambe et d'une Voix Céleste de 8 pieds lesquelles prendront la place d'une Clarinette et de la Voix humaine supprimées. La mécanique sera renouvelée et des pédales de combinaisons ajoutées. De plus, pendant la période de 1946-1948, le Récit est à nouveau augmenté par le même facteur à la demande de Pierre Cochereau.

Enfin de 1991 à 1994, l'orgue est restauré par le facteur Jean Renaud. La Commission des Monuments Nationaux ont souhaité se rapprocher de l'état Cavaillé-Coll de 1842 mais elle a finalement préféré revenir à l'état de 1881 en gardant l'étendue de pédale de Mutin, l'harmonie de la première époque Cavaillé-Coll paraissant difficile à retrouver.
Les parties neuves sont le sommier du Récit (10 jeux), la Viole de gambe, la Voix céleste, la Tierce et les compléments de Plein jeu IX du Positif, la Voix humaine du Récit.
Le buffet est de nobles proportions. Sa construction est exceptionnelle avec des madriers empilés, taillés à l'herminette, sculptés et moulurés dans la masse, ce qui l'apparente à l'art des charpentiers de marine. Il n'y a jamais eu de polychromie et la montre de Cavaillé-Coll, dans les plates-faces, présente des lignes différentes de la façade originelle, connue par une gravure de Blondel. C'est Paul Poilpré qui a rétabli la teinte ocre jaune du XVIIIe siècle tandis que le mécanisme de l'horloge de Lepaute (1835) était déposé. Ainsi, la boîte du récit a pu disparaître et le buffet retrouver son élégance.

Cet instrument abrite une partie instrumentale des Lesclop, des Cliquot, des Dallery et des Cavaillé-Coll, qui séduit l’auditeur par la variété de ses timbres et fait de cet instrument, à la fois un orgue classique et un orgue romantique français. Fortement imprégné des sonorités de l’époque révolutionnaire par la richesse et la brillance de son grand chœur d’anches et marqué par deux dates charnières de l’évolution instrumentale, 1750 et 1758, cet instrument serait volontiers baptisé « orgue de transition » car ne porte-t-il pas en lui toutes les caractéristiques d’interventions – sans doute les stigmates – qui traduisent les fondements de la facture du XIXème siècle à travers la personnalité du jeune Aristide Cavaillé-Coll! C’est un témoin rare qui explicite cette mutation progressive entre l’art ancien et l’art nouveau, entre le XVIIIè et le XIXè siècle.

À Saint-Roch plus qu’ailleurs l’expression « sans cesse remettez votre ouvrage » aura conservé tout son sens en offrant aux interprètes une multitude de découvertes insolites « depuis le son suave de la flûte jusqu’aux effets foudroyants du grand chœur qui est d’une grande beauté ». Tel était le sentiment du jeune Lefébure-Wély approuvant, le 16 juin 1842, les travaux de son contemporain. Ici, l’orgue classique français témoigne de la recherche de couleur des timbres par le mélange de plusieurs jeux. L’association d’harmoniques et l’utilisation séparée de chaque jeu avec son timbre propre dans une graduation d’intensité, annoncent déjà cette notion de masse de l’orgue symphonique jusqu’aux tendances exacerbées de l’orchestre qu’il n’atteint pourtant jamais, préférant laisser ce soin à des frères parisiens plus imposants. L’orgue de Saint-Roch, « un orgue se cherche », se révèle en parfaite adéquation avec le lieu historique qui l’abrite au coeur de Paris. Comme un écho du passé à la fois « bigarré et terrifiant » tout encore timbré des canons de Vendémiaire, c’est un instant de clameur à la manière d’un Berlioz, fougueux romantique qui réveille les pierres vivantes de Saint-Roch, en 1825. Il est bien un témoin passionné et une œuvre complexe qui traduit la mémoire des hommes et leur singularité : un legs de nos pères aux générations de musiciens et un patrimoine pour demain.

Se sont succédés à la tribune de Saint-Roch: Jean Landrin (avant 1756), Claude-Bénigne Balbastre (1756-1795), Antoine Lefébure-Wély (1805-1831), Louis James Alfred Lefébure-Wély (1831-1847), Alexandre Fessy (1847-1856), Marie-Auguste Durand (1856-1863), Benjamin Darnault (1863-1873), Auguste Péron (1873-1888), Auguste Chapuis (1888-1906), Arnold Le Maitre (1906-1908), Georges Pifaretti (1908-1915), André Pratz (1919 à 1955), Pierre Cochereau (1945-1955) et Françoise Levéchin-Gangloff (depuis 1973).

L'instrument de tribune et le buffet de l'orgue de choeur sont classifiés « monument historique » depuis le 12 mai 1982.

La restauration de 1992 a été confiée à la Manufacture d'orgues Jean Renaud et l'harmonisation est l'oeuvre de Jean-Pierre Swiderski.



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Photos :

 PAris St Roch
      

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