Orgues en France et dans le monde.

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Paris 9è  (75)

Eglise de la Ste Trinité

Cavaillé-Coll, 1871



Composition :

Grand-Orgue : Positif : Récit expressif : Pédale :
       
Montre 16' Quintaton 16' Bourdon 16' Soubasse 32'
Bourdon 16' Cor de nuit 8' Flûte traversière 8' Contrebasse 16'
Montre 8' Principal 8' Bourdon 8' Soubasse 16'
Gambe 8' Flûte 8' Gambe 8' Violoncelle 8'
Flûte harmonique 8' Salicional 8' Voix céleste 8' Flûte 8'
Bourdon 8' Unda-maris 8' Flûte octaviante 4' Bourdon 8'
Prestant 4' Prestant 4' Nasard 2' 2/3 Octave 4'
Flûte octaviante 4' Flûte douce 4' Octavin 2' Plein-jeu IV rgs
Quinte 2' 2/3 Nasard 2' 2/3 Tierce 1' 3/5 Bombarde 16'
Doublette 2' Doublette 2' Cymbale III rgs Trompette 8'
Plein-jeu III-VI rgs Flageolet 2' Bombarde 16' Clairon 4'
Cymbale IV rgs Tierce 1' 3/5 Trompette 8'  
Cornet V rgs Piccolo 1' Basson-hautbois 8'  
Bombarde 16' Cornet II-V rgs Voix humaine 8'  
Trompette 8' Fourniture IV rgs Clairon 4'  
Clairon 4' Basson 16'    
  Trompette 8'    
  Clarinette 8'    
  Clairon 4'    

Autres caractéristiques :
61 jeux - 3 claviers manuels de 56 notes et pédalier de 30 notes.
Transmissions électriques.
Tous accouplements en 16', 8', 4'. Tirasses: G.O., Pos. et Réc. en 8' et 4'.
Trémolo du Récit. Crescendo Général. Combinaisons ajustables.
Partie instrumentale classée Monument Historique.


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Historique :


L’orgue a été construit pour l’église par Aristide Cavaillé-Coll et inauguré en 1869 seulement deux ans après que l’édifice a été terminé. Charles-Alexis Chauvet était l’organiste et le demeura jusqu’à sa mort en 1871. Année où, après les événements de la « Commune », pendant lesquels il y eut détérioration de l’orgue, Aristide Cavaillé-Coll le reconstruisit entièrement. Le nouveau titulaire est alors Alexandre Guilmant qui sera en poste jusqu’en 1901. La majorité des œuvres pour orgue de Guilmant ont été conçues alors qu’il était titulaire de cet instrument.
La façade du buffet, avec ses tuyaux de la Montre 16’ du Grand-Orgue répartis en trois tours et plusieurs plate-faces, n’a pratiquement pas changée depuis son installation. Un point intéressant concernant cet orgue, la façade a été conçue au 19e siècle spécifiquement pour cet instrument alors que la plupart des instruments de Cavaillé-Coll ont été construits et placés dans des buffets déjà existants. Les caractéristiques suivantes apparaissent lorsque l’on étudie la structure du buffet :
il n’existe pas de Positif de dos. La plus haute des tours est placée au centre de la façade, comme un résultat et un complément au point le plus élevé de l’arche. Dans la plupart des anciens buffets français, les tours les plus hautes sont placées aux extrémités du buffet et non dans le centre. Cavaillé-Coll était moins soucieux de la préservation de la tradition que d’aménager le buffet en fonction de la structure de l’édifice.
Le style typique français veut que le pied de tous les tuyaux soit au même niveau. Dans ce cas, les plate-faces entre les tours sont sur deux étages et dénotent une disposition plus fréquemment rencontrée dans les Pays-Bas et les régions allemandes qu’en France. Cette disposition illustre une fois de plus l’intention de Cavaillé-Coll d’adapter l’instrument à l’édifice.
La première proposition que Cavaillé-Coll fit pour l’orgue de la Trinité était un orgue de 36 jeux répartis sur 3 claviers. Comme c’est souvent habitude, plusieurs modifications sont apportées au devis original et l’instrument, tel que construit aura 46 jeux répartis sur 3 claviers.
Très tôt dans l’histoire de cet instrument, peut-être lors de travaux exécutés par Cavaillé-Coll en 1872, la Doublette 2’ fut remplacée par une Quinte 2 2/3’ qui existe toujours aujourd’hui. Mis à part cette simple substitution, la composition sonore est restée inchangée alors que Guilmant en est le titulaire.
En 1901, le facteur Merklin exécute une première restauration et apporte des changements à la palette sonore de l’instrument. De 1902 à 1929, le titulaire de l’orgue de la Trinité est Charles Quef.
En 1930, Olivier Messiaen est nommé titulaire de l’instrument. En 1934-5, une seconde restauration est confié à la maison Pleyel-Cavaillé-Coll. À cette occasion, les travaux suivants sont exécutés :
Relevage complet de la mécanique, dépoussiérage des tuyaux, réharmonisation des anciens jeux.
•    Ajout de 7 nouveaux jeux:
•    au Positif : Principal 8’, Cor de nuit 8’, Nazard 2 2/3’, Tierce 1 3/5
•    au Récit : Bourdon 16’, Nazard 2 2/3, Cymbale III
•    Retrait des Flûtes 4’ du sommier des anches et leur installation sur celui des jeux de fonds.
•    Ajout de deux pédales de combinaison : introduction de la pédale; octave grave au Grand-Orgue.
•    Ajout d’une machine pneumatique Barker au Positif.
L’orgue, qui compte maintenant 53 jeux, fut ré-inauguré le 28 mai 1935 à l’occasion d’un concert présenté par Marcel Dupré et son ancien étudiant, Olivier Messiaen.
De 1962 à 1967, la maison Beuchet-Debierre exécute une troisième restauration, sous la direction de Joseph Beuchet père, harmonisation par Michel Mertz, entretien par Jean Perroux et Eugène Picaud (dont le fils, Jacques Picaud, a continué le travail jusqu’à sa mort en 1981). Les travaux incluent :
•    Une nouvelle console fabriquée par Beuchet restera une année complète sous le porche avant d’être montée à la tribune. L’ancienne est démontée puis détruite.
•    Toute la mécanique est systématiquement détruite sauf les équerres situées sous les soupapes et est remplacée par des transmissions électriques.
•    Des chapes supplémentaires sont installées au Grand-Orgue et au Positif.
•    Ajout d’un combinateur à combinaisons générales ajustables.
Installation d’un sommer sous expression au Positif comprenant le Cornet décomposé, le Piccolo et la Clarinette.
•    Ajout de 7 nouveaux jeux :
•    au Positif : Clairon 4’, Flageolet 2’, Fourniture IV
•    au Récit : Bombarde 16’, Tierce 1 3/5’
•    au Grand-Orgue : Cymbale IV
•    à la Pédale : Plein Jeu IV
En 1984, Olivier Messiaen demande à ce que certains jeux de fonds possèdent une plus grande présence sonore en augmentant l’intensité progressivement en moment vers les aigus. Certaines anches seront aussi augmentées d’intensité et de force. Quelques dents sont diminuées afin que l’ensemble soit moins « gambé » et que l’attaque des notes soit particulièrement nette et que l’harmonisation donne à chaque jeu une luminosité bien spécifique. Les derniers tuyaux aigus du Piccolo sont changés par des tuyaux de taille plus importante.
Au cours du relevage effectué en 1992/3, Olivier Messiaen souhaite que la Cymbale du Grand-Orgue soit diminuée. À sa demande, le quatrième rang est bouché sur toute l’étendue du clavier sauf les cinq dernières notes et le troisième rang est aussi bouché sur grande étendue du clavier (ut1 – sol3). De plus, les travaux incluent :
•    tous les tuyaux sont déposés, révisés, nettoyés;
•    des agrafes de grands corps sont refaites en métal neuf, les corps sont réparés;
•    certaines lèvres sont travaillées et certains pieds sont réparés;
•    remplacement de la presque totalité des postages;
•    recâblage de la console;
•    révision des commandes des notes et des jeux;
•    nettoyage complet;
•    harmonisation et accord général.
L’orgue de la Trinité reste un orgue Cavaillé-Coll dans toute sa grandeur et sa splendeur. Les jeux d’origine sont bien sût conservés. Cet orgue a la particularité que chaque timbre possède sa propre personnalité, ils peuvent être considérés comme des timbres solistes; c’est en tout cas ce que disait bien souvent Olivier Messiaen et cela se vérifie dans chacune de ses œuvres pour orgue où les mélanges sonores sont très particuliers et ne sonnent vraiment que sur son orgue.
Voici ce qu’en pense Olivier Messiaen qui en fut le titulaire de 1930 à 1992:
Tel qu'il est actuellement, le grand orgue de la Trinité est un chef-d'œuvre. On a conservé, bien entendu, les jeux originaux du grand facteur Aristide Cavaillé-Coll et j'ai beaucoup insisté personnellement pour que le timbre admirable de ces jeux fut respecté. Mais les nombreux ajouts faits au cours de chaque restauration ont considérablement enrichi l'instrument en mixtures (pleins jeux, nasards, tierces) et en batteries d'anches très complètes. De plus, l'électrification et les combinaisons générales ont permis une attaque plus rapide et des changements de couleurs plus fréquents et plus variés. Cependant, les plus beaux timbres restent ceux de Cavaillé-Coll: les montres, les flûtes, les anches très puissantes, l'extraordinaire Basson 16 et le merveilleux Quintaton 16 du Positif: tout cela a été conçu et exécuté par Cavaillé-Coll.
On a souvent rapproché les grandes orgues de l'église de la Trinité de celles de la basilique Sainte-Clothilde (dont les titulaires furent César Franck, Charles Tournemire et Jean Langlais). Il est certain que ces deux instruments sont frères et d'ailleurs Aristide Cavaillé-Coll les a construits à peu près à la même époque. Mais leurs qualités diffèrent, l'acoustique des deux églises n'est pas la même.
Il existe dans le monde beaucoup d'instruments plus grands que l'orgue de la Trinité. Il faut citer, au hasard: le grand orgue de la basilique de l'Immaculée-Conception à Washington, USA, le grand orgue de la cathédrale St. John-the-Divine à New York, USA, les très grands instruments français: Saint-Ouen de Rouen, Notre-Dame de Paris, le Sacré-Cœur de Montmartre et le grand orgue de Saint-Sulpice. Tous ces instruments sont magnifiques, grandioses. L'orgue de la Trinité les égale en puissance, en majesté, et les surpasse peut-être pour le mystère et la poésie.
Et le fameux Quintaton 16 du Positif de la Trinité est sans doute unique au monde: "Jamais je n'ai entendu nulle part ailleurs un timbre de cette qualité". D'autre part, on peut tout jouer à la Trinité: il ne s'agit pas seulement d'un orgue romantique sur lequel ne serait possible que des toccatas fracassantes ou des suavités à la César Franck - l'instrument étant doté de nombreuses mixtures, il convient parfaitement à Cabezon, Frescobaldi, Nicolas de Grigny - la beauté de ses cornets (et spécialement le Cornet du Positif qui est le cornet solo de l'instrument) se prête admirablement aux chorals ornés de Jean-Sébastien Bach - et le fait que chaque jeu est extraordinairement «typé» sert à merveille la musique moderne, de Marcel Dupré et Charles Tournemire aux contemporains les plus avancés.
Quelques remarques supplémentaires: le Récit est pourvu d'une boîte expressive fermant beaucoup donc très efficace et faisant de ce clavier un clavier double: tous les jeux pouvant être fortissimo et pianissimo, avec toutes les nuances intermédiaires. Le Positif possède également une boîte expressive qui enclôt: la Clarinette, tout le Cornet décomposable (Cor de nuit, Flûte 4, Nasard 2 2/3, Flageolet 2, Tierce 1 3/5) et le Piccolo 1. Les flûtes sont rondes et moelleuses, les fonds sont très nobles, les petites mixtures sont piquantes et très caractérisées, les cornets «portent» beaucoup, les pleins jeux sont brillants, les anches sont éclatantes et très fortes. L'association Gambe-Voix céleste est ravissante dans le pianissimo. Le Hautbois du Récit est fin: on peut le jouer en accords, ce qui est rare. Le Basson 16 du Positif est très puissant, il possède un timbre profond extraordinaire dans l'extrême grave et peut évoquer à merveille la dragon Fafner ou la bête de l'Apocalypse. À l'opposé, le Nasard 2 2/3, l'Octavin 2, la Tierce 1 3/5 au Récit - le Piccolo 1 du Positif - la Flûte 4 du Grand Orgue - peuvent donner de superbes chants d'oiseaux et retrouver toute la virtuosité et la brillance de la fauvette à tête noire, de la grive musicienne, du rossignol.
Reste à parler du Quintaton 16 du Positif: c'est le timbre le plus original et le plus poétique de l'orgue. Marié au Nasard dans le registre aigu, il donne des soli d'une incomparable beauté; les arabesques mélodiques, les volutes les plus fantaisistement dessinées, prennent sur ce jeu un charme, une douceur, une force d'envoûtement uniques. Le tutti de l'orgue de la Trinité est extrêmement puissant, écrasant même, mais sans dureté: il est parfaitement approprié à l'acoustique du lieu.
Le mot «acoustique». Nous terminerons sur cette notion. Dans les églises, l'acoustique joue un rôle considérable. Lorsque la nef est trop grande, les colonnes trop nombreuses, les ornements en saillie, ce rôle peut être néfaste: les sons se chevauchent, les harmonies sont brouillées et une partie de la musique se perd dans la confusion. Si la nef est trop petite et les ornements inexistants, la sonorité maigrit, s'assèche et perd toute poésie.
À la Trinité, les proportions acoustiques sont bonnes: pas de sécheresse, pas de brouillage, mais une quantité suffisante d'«aura» et de rebondissement du son pour assurer la poésie harmonique en même temps que la précision des attaques. Si l'organiste sait doser ses registrations et ménager de temps à autre les silences nécessaires, toute musique «passe» et «sonne» dans le fracas le plus tonitruant comme les détails les plus mystérieux et les plus lointains.


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Photos :

Paris La Ste Trinité


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