Orgues en France et dans le monde.

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Foix  (09)

Abbatiale St Volusien

Fermis, 1862


Composition :

I. Positif II. Grand-Orgue III. Récit expressif  Pédale 
       
Bourdon 16' Montre 16' Flûte harmonique 8' Soubasse 32'
Bourdon 8' Bourdon 16' Gambe 8' Contrebasse 16'
Flûte harmonique 8' Montre 8' Céleste 8' Flûte 8'
Salicional 8' Bourdon 8' Flûte octaviante 4' Viole 8'
Salicet 4' Gambe 8' Flûte écho 4' Flûte 4'
Doublette 2' Prestant 4' Octavin 2' Bombarde 16'
Clarinette 8' Quinte 2 2/3' Clochette 1' Trompette 8'
Trompette 8' Cornet V Trompette 8' Clairon 4'
Clairon 4' Plein Jeu II-VI Voix humaine 8'  
  Bombarde 16' Basson-Hautbois 8'  
  Trompette 8' Cor anglais 8'  
  Clairon 4'    

Autres caractéristiques :
40 jeux - 3 claviers manuels de 61 notes et pédalier 30 notes
Traction mécanique et pneumatique tubulaire des claviers et des jeux
Accouplements et combinaisons par cuillères : 11
Diapason: A=440 - Tempérament égal


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Historique :


L'abbatiale possédait déjà un orgue en 1502 mais, de cette époque jusqu'en 1868, on ne sait rien sur l'histoire de l'orgue de cet édifice des XIIe et XIVe siècles qui a subi d'importantes réfections, notamment au XVIIe puis au XIXe siècle lorsque l'intérieur fut, en 1868, "reparata" et "renovata" (plaque apposée à la tribune).

En 1868, la Maison Leroy-Legendre et Fermis père et fils reçoit, de la part du conseil de fabrique, commande d'un important 32 pieds, 3 claviers et pédale, 40 jeux, pour le prix de 25 000 francs. La commune participe à la dépense pour 3 000 francs. De fait, c'est Joseph Arnaud Fermis qui traite l'opération. Ce facteur, né le 20 mars 1836 à Auterive (Haute-Garonne), est le fils de François Sylvain Fermis, menuisier qui construisit des buffets d'orgue pour la firme parisienne Barker et Verschneider (années 1860); cette firme embauche Joseph Arnaud, déjà doté d'une formation de menuisier, facteur et organiste.

Avec son entourage, Charles Spackmann Barker constituait un foyer de chercheurs oeuvrant pour la facture d'orgue, plus particulièrement en matière de transmissions. Si Barker s'était orienté davantage vers une transmission électropneumatique (système A. Peschard appliqué à l'orgue de Salon de Provence en 1863), Joseph Fermis eut le premier l'idée d'appliquer un système de transmission tubulaire à des sommiers à gravures et registres. Avant lui, Moitessier (Toulouse, La Dalbade - 1850) avait inventé le système tubulaire, mais l'avait appliqué à des sommiers à pistons par un système à dépression, alors que celui proposé par Joseph Fermis était à compression, le vent arrivant par les tubes gonflant des soufflets pneumatiques agissant sur les soupapes (type levier pneumatique de Barker).

Ce système, breveté en 1866, est appliqué en 1867 pour l'Exposition universelle sur un petit orgue de 10 jeux. Ce petit instrument est remarqué par le facteur anglais Henry Willis qui l'applique à son grand orgue de la cathédrale Saint-Paul de Londres en 1871/72; il est également remarqué par le conseil de fabrique de Saint-Volusien de Foix, qui n'hésite pas à passer commande d'un grand orgue.

Les travaux commencent en 1868 pour se terminer par l'inauguration le 25 août 1869, sous les doigts d'Aimable Massis organiste de Saint-Sernin de Toulouse.

Selon le Dr Bédart, le positif de ce grand instrument n'est autre que le plan sonore de l'orgue de l'Exposition universelle qui, selon le Dr Laffont, fut utilisé dans l'orgue de l'école de la rue Oudinot à Paris.

En 1878, Joseph Fermis construisit aussi, selon le même système, le grand orgue de Saint-François-Xavier de Paris, un 58 jeux de 3 claviers et pédale, inauguré par César Franck, Eugène Gigout et Charles-Marie Widor. Il construisit aussi les orgues des cathédrales de Saint-Denis de la Réunion et de Pékin. L'orgue de Saint-François-Xavier fonctionnait encore bien en 1923, suffisamment en tout cas pour que Gonzalez et Ephrème conservent le système lors de leur réfection de l'orgue.

En 1914, le Dr Bédart écrit que « l'orgue fonctionne encore tel qu'il fut monté ».
De fait, il subit des réparations effectuées par O. Carrel en 1878, à qui Fermis abandonne deux traites dues, car la charpente intérieure, construite par les menuisiers du buffet et non par le facteur d'orgues, avait subi un affaissement qui avait déréglé les mécanismes.

Après la Première guerre mondiale, peu et mal entretenu, l'orgue continue à se dérégler, particulièrement dans l'alimentation en vent, suite à des interventions malhabiles (cf. Bédart 1919).
Pour réduire le nombre de souffleurs, des basses de pédale ne sont plus alimentées et la pression du vent fort est diminuée, ce qui est plus que préjudiciable à la transmission. La pose d'un ventilateur électrique par Puget n'arrange rien.

En 1955, Paul-Marie Koenig a des velléités d'électrification au niveau de la pédale. C'est sans doute lui qui commence à décaler quelques jeux pour introduire des mutations et qui monte un peu le diapason en tirant sur les entailles de timbre et en recoupant des tuyaux sur le ton (flûtes harmoniques).

Enfin, dans les années 1960 à 1970, d'importants travaux d'architecture sur l'édifice ont entraîné des chutes de gravats et des montagnes de poussière que l'organiste Henri Harlé et un jeune volontaire ont évacués, petit à petit, de leurs propres mains!
De fait, à part la traction de pédale détériorée, quelques jeux décalés, et des séries de tuyaux déposées, l'orgue était resté dans ses dispositions d'origine, mais très dégradé, techniquement abandonné, quasi injouable.

Description :

Le grand buffet de 16 pieds, disposé en tribune en fond de nef, de style néo-gothique en pin, peint faux bois, abrite toute la partie instrumentale; il est décoré de statues d'anges musiciens en terre cuite signées Birebent.
Les dispositions sont les suivantes : trois plans sonores au niveau de l'entablement principal, parallèles à la façade, le Grand-Orgue diatonique devant en trois sommiers (les dessus en mître); puis le Positif chromatique également en trois sommiers; la Pédale derrière, chromatique en trois sommiers. Le Récit est situé au centre, au-dessus du Grand-Orgue et du Positif, en deux sommiers chromatiques perpendiculaires à la façade. Tous les sommiers sont à gravures et registres.

Les transmissions des notes ainsi que celles des jeux sont à la fois mécaniques et pneumatiques tubulaires. Tous les départs des transmissions sont mécaniques jusqu'à la machine Barker située au centre, dans le soubassement, elle-même reliée à des relais pneumatiques actionnant par des tubulures les soufflets moteurs de note qui actionnent les soupapes (jusqu'à trois par note dans les basses).
Les tubulures remplacent donc les abrégés des tractions purement mécaniques. Elles sont beaucoup plus courtes que dans une traction totalement pneumatique tubulaire, donc plus performantes à condition de disposer d'un vent suffisamment fort et efficace.

Le tirage des jeux procède des mêmes principes : commande entièrement mécanique jusqu'à des relais pneumatiques qui actionnent des soufflets doubles pour permettre l'ouverture et la fermeture des registres.
La soufflerie comprend 2 ensembles, côté C et C# de l'orgue, de 2 soufflets superposés à 2 plis alternés reliés par gosier. Les soufflets du haut alimentent les sommiers à pression unique et ceux du bas les systèmes de transmission à pression forte.
La tuyauterie, bien qu'ayant subi des désordres et présentant quelques manques, s'est révélée de grande qualité et assez bien conservée d'harmonie, malgré une légère différence de ton. Elle est caractéristique du grand orgue symphonique, à l'image de celles des meilleurs facteurs (Cavaillé-Coll, J. Merklin, Puget).
La console, en chêne et pin plaqué de palissandre, est indépendante, au-devant du grand buffet, masquée par un faux positif dorsal.

La restauration :

Restaurer un tel instrument n'était pas une mince affaire. Il est évident que, sur le plan historique et patrimonial, cet orgue est une rareté : il est le seul qui subsiste du facteur François Sylvain Fermis dans ses dispositions d'origine.
Quelle serait l'efficacité des transmissions tubulaires? L'originalité de leur conception mécano-pneumatique appliquée à des sommiers à registres plaidait pour leur conservation et leur réhabilitation. C'est le parti qui fut choisi : un retour intégral à l'orgue d'origine. Toutefois, le cahier des charges demanda, en cas d'échec, de prévoir la possibilité de remplacer les tubulures par des abrégés, ce qui aurait rendu l'orgue entièrement mécanique avec assistance Barker.

Les essais furent assez concluants, confirmant que, notamment dans les basses (3 soupapes par note), il n'était pas possible d'obtenir une attaque aussi prompte qu'avec une mécanique directe. La répétition demande de fins réglages qui ne pourront atteindre une certaine perfection qu'avec le temps et le suivi de l'instrument.

La restauration de l'orgue et de son buffet fut confiée sur appel d'offres à l'Entreprise Lucien Simon, avec la collaboration de Jean-Pascal Villard pour la restauration des tuyaux et l'harmonie. La partie instrumentale fut entièrement démontée pour une restauration efficace en atelier de tous les organes de l'orgue, y compris dans les moindres détails.

Le principe est celui de la restauration à l'identique, c'est-à-dire que ne sont changées que des peaux, des pièces d'usure remplacées au modèle ou des parties en bois trop vermoulues. Une transmission mécanique est construite pour la pédale. La tuyauterie, après reclassement et remise en forme, est complétée des tuyaux manquants, notamment dans les jeux de Quinte et de Plein Jeu du Grand-Orgue et tout le jeu de clochette (Piccolo 1' du Récit), qui avait disparu. Les jeux déplacés furent remis à leur emplacement d'origine.
Ainsi la composition a-t-elle été rétablie dans ses dispositions d'origine.
Le ton de l'orgue restauré est celui qui a été trouvé sur la grande majorité des tuyaux après restauration, à savoir le La3 à 440 Hz à 15° avec un tempérament égal. La soufflerie fournit un vent fort à 130 mm de colonne d'eau pour les transmissions, et un vent faible à 100 mm pour tous les plans sonores dans toutes les tessitures.

Puisse cet orgue, qui a retrouvé sa voix et ses transmissions d'origine, apporter sa collaboration à la liturgie, mais aussi une ouverture, un regard particulier, sur l'interprétation de la musique symphonique.

L'inauguration des orgues restaurées a eu lieu le 21 octobre 2007 lors d'un concert donné par Thierry Escaich, organiste, improvisateur, et compositeur de renom, d'origine ariégeoise.

Jean-Pierre Decavele
Technicien conseil agréé auprès du Ministère de la Culture




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Photos :

Foix St Volusien


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