Orgues en France et dans le monde.

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Falaise  (14)

Abbaye Notre-Dame de Guibray

Parisot, 1746


Composition :

I. Positif II. Grand-Orgue III. Récit IV. Écho Pédale 
         
Bourdon 8' Bourdon 16' Cornet 8' V Cornet IV Flûte 8'
Dessus de Flûte 8' Montre 16' Trompette 8' Bourdon 8' Flûte 4'
Prestant 4' Bourdon 8'    
Flûte 4' Dessus de Flûte 8'  
Nasard 2 2/3' Prestant 4'  
Doublette 2' Quinte 2 2/3'  
Quarte de Nasard 2' Doublette 2'  
Tierce 1 3/5' Tierce 1 3/5'  
Cymbale II Larigot 1 1/3'  
Cromorne 8' Cornet 8' V  
  Plein Jeu IV  
  Cymbale III  
  Trompette 8'  
  Voix humaine 8'  
  Clairon 4'  

Autres caractéristiques :
31 jeux - 4 claviers manuels de 50 notes et pédalier 25 notes
Accouplements : POS/GO (accouplement par tiroir )
Tremblant doux et fort : Récit
Traction mécanique des claviers et des jeux


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Historique :



Un orgue, avec des tuyaux de six pieds, a été construit à Notre-Dame de Guibray dès la première moitié du XVIe siècle. Il était installé vraisemblablement sur une tribune installée dans l'un des transepts de l'église.
Vers 1562, il fut endommagé ou détruit lors des troubles causés par les protestants.
Il fut reconstruit au fond de la nef. Il en subsisterait un élément de balustrade réutilisé sur le côté nord de l'actuelle tribune.

Au milieu du XVIIIe siècle, cet orgue, vétuste, ne répondait plus aux besoins ni à la dignité de la paroisse de Guibray, et la construction d'un instrument entièrement nouveau fut décidée.

La tribune fut reconstruite en 1745, par Jean et Joseph Le Roy, charpentiers de la paroisse Notre Dame de Guibray. pour un coût de 1000 livres. En 1746, le buffet et l'orgue furent construits.
Le buffet est l'oeuvre de Jacques Chaplain, menuisier de la ville d'Argentan, qui s'est inspiré de celui qu'il venait de construire pour l'orgue de la cathédrale de Sées, lui-même conforme au dessin du meuble de 1741 de l'orgue de l'abbaye prémontrée de Mondaye, près de Bayeux. On ignore le coût du buffet de l'orgue de Guibray; celui de Sées, assez semblable, coûta 1500 livres.

L'orgue est l'oeuvre de Claude Parisot, assisté de son neveu Henri. Il a coûté environ 4500 livres. Soit, pour l'ensemble de l'opération, un total de 7000 livres, dont la paroisse dut étaler le paiement sur plus de six années...

En 1792, l'église est utilisée comme resserre à fourrage, mais l'orgue continue de jouer pour les fêtes décadaires. Il perdit 146 tuyaux durant ces années. L'église est rendue au culte en 1803, et l'orgue subit quelques menues réparations.

En 1833, des réparations plus importantes furent faites par les frères Claude, facteurs d'orgue à Mirecourt, dans les Vosges, pour la somme considérable de 2780 francs financés par la paroisse : insensibles aux arguments culturels développés par les responsables de la paroisse, ni la Ville de Falaise ni le Préfet du Calvados ne contribuent.

Pour la deuxième moitié du XIXe siècle, la seule information que nous connaissions concerne le relevage fait par le facteur Joseph Koenig en 1866.

En 1900 également, Koenig effectue une révision complète, répare le positif et ajoute un jeu de hautbois, le tout pour 1900 francs, que la paroisse finance par un emprunt. En 1920, son fils Paul-Marie Koenig effectue des réparations mineures.

En 1944, l'église perd ses vitraux lors des bombardements. La pluie, l'humidité, les déflagrations qui ébranlent les tuyaux, font perdre sa voix à l'orgue.

La partie instrumentale de l'orgue est classée « monument historique » le 4 juillet 1955, et le buffet l'est à son tour le 28 juillet 1970.

L'orgue, ayant conservé suffisamment d'éléments historiques: le buffet, les mécanismes y compris la console avec ses claviers, les abrégés, les balanciers, les tirants et pilotes tournants, tous les sommiers sauf celui du Positif, et la plupart de ses jeux, permettait de justifier une restauration visant à se rapprocher le plus possible de son état d'origine.

Faite par le facteur Erwin Müller, de Croissy-sur-Seine, la restauration commence en 1970. Elle était basée sur un programme de restauration - reconstruction dans un esprit encore néo-classique qui visait le retour à un orgue classique mais sans en assumer toutes les exigences, particulièrement sur le plan sonore.
Sur le plan mécanique, le travail fut remarquablement fait avec un respect des matières et des techniques anciennes, et la conservation d'un maximum d'éléments anciens.
Par contre, sur le plan sonore, la recherche n'a pas été poussée suffisamment loin, tant au niveau du ton qui était resté moderne (la=440 à 15oC) que dans le choix des matériaux pour les jeux neufs ou compléments des jeux anciens.
Regrettables, aussi, furent les ajouts néo-classiques de pédale placés derrière le buffet, mais dont l'existence fut heureusement éphémère. La restauration durera jusqu'en 1974. L'orgue retrouva sa voix pour le concert inaugural donné le 16 juin 1974 par Marie-Claire Alain.

Erwin Müller entretient l'orgue jusqu'en 1987. Sa suite est prise par Jean-Loup Boisseau et Bertrand Cattiaux, de Béthines, en Poitou.

Une nouvelle restauration s'avérait indispensable pour donner à l'orgue au maximum une vérité historique qu'il avait en puissance dans ses matériels et tuyaux anciens les mieux conservés. Comme l'ensemble du matériel ancien de l'instrument étant évalué à plus de 70%, une restauration exemplaire s'imposait afin de le remettre complètement dans son état original.

Grâce à l'aide de l'État, du Département du Calvados et de la Ville de Falaise, la restauration a été confiée, en 1991, aux facteurs Boisseau-Cattiaux qui sont très spécialisés dans la restauration des orgues anciens, et qui ont adopté les matériaux, les techniques et le savoir-faire du passé. L'examen de l'instrument a nécessité une remise en état des sommiers, du buffet et des mécaniques, mais l'effort a surtout porté sur une révision complète de la tuyauterie.
En particulier:
- Élimination des tuyaux reconstruits sans tenir compte des modèles déjà existants, et restauration avec respect des techniques de fabrication, des matières et des épaisseurs de Claude Parizot, et élimination de la lèpre.
- Réfection des biseaux, rallonge des corps pour retrouver les longueurs d'origine, réglage des hauteurs de bouche etc...
- Vérification des tuyaux de bois.
- Construction des tuyaux manquants des jeux incomplets.
- Construction à neuf de la Montre du Positif et du Grand-Orgue, des deux Cymbales, de la Quarte et de la Voix humaine du Grand-Orgue. Pour les jeux manquants, on s'est inspiré des jeux de la même famille existant dans l'orgue ou encore dans le Dom Bedos. En outre, la restauration de l'orgue ayant permis de retrouver les emplacements de 1746, les tuyaux et les claviers ont réintégré leurs places initiales. Cette importante découverte a nécessité de refaire plusieurs postages.
- Construction d'un pédalier français de 25 notes.
- Construction de trois soufflets cunéiformes en remplacement du soufflet à plis parallèles en fort mauvais état.
- Harmonie : rétablissement du ton d'origine (a=415 HZ @ 15oC).
- Accord sur le ton.
- Tempérament en usage au milieu du XVIIIe siècle, issu du mésotonique à 5 tierces justes : tempérament Corrette (1753).
- Composition des mixtures d'après Dom Bedos.

Le coût de cette restauration a été d'un million de francs, financés par l'Etat pour moitié, et par le Département du Calvados et la Ville de Falaise, pour un quart chacun. Après cette restauration, l'orgue a été inauguré lors d'un concert inaugural le 12 septembre 1993 par Gustav Leonhardt.

L'orgue de Falaise, un des rares témoins de cette époque en Normandie, a retrouvé les splendeurs et les délicatesses de ses sonorités, si bien adaptées à l'excellente acoustique de l'édifice.
C'est l'instrument idéal pour interpréter la musique française des XVIIe et XVIIIe siècles.


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Photos :

Falaise ND de Guibray

Falaise ND de Guibray                                  


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