Orgues en France et dans le monde.

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Beauvais  (60)                                       

Cathédrale St Pierre

 Danion-Gonzalez, 1978
                                                                                             

Composition :

Positif de dos  Grand Orgue  Récit expressif  Bombarde  Pédalier 
         
Montre 8'  Montre 16'  Principal 8'  Grand Cornet V Principal 32' 
Bourdon 8'  Bourdon 16'  Flûte harmonique 8' Bombarde 16'  Soubasse 32' 
Flûte 8'  Montre 8'  Bourdon 8'  Trompette 8'  Flûte 16' 
Gambe 8'  Bourdon 8'  Salicional 8'  Clairon 4'  Bourdon 16' 
Flûte 4'  Flûte 8'  Voix Céleste 8'   Principal 16' 
Prestant 4'  Gambe 8'  Quintadène 8'    Contrebasse 8' 
Nazard 2' 2/3 Gros Nazard 5' 1/3 Principal 4'    Flûte 8' 
Doublette 2'  Prestant 4'  Flûte 4'    Principal 8' 
Tierce 1' 3/5 Flûte 4'  Doublette 2'    Flûte 4' 
Larigot 1' 1/3 Grosse Tierce 3' 1/5 Plein Jeu V   Principal 4' 
Piccolo 1'  Nazard 2' 2/3 Cymbale IV    Quinte 2' 2/3
Fourniture III  Quarte 2'  Bombarde 16'    Flûte 2' 
Cymbale II  Doublette 2'  Cor Anglais 16'   Fourniture IV 
Cornet V  Tierce 1' 3/5 Trompette 8'    Bombarde 16' 
Trompette 8'  Grosse Fourniture III Hautbois 8'    Trompette 8' 
Basson 8'  Fourniture V  Voix Humaine 8'   Clairon 4' 
Cromorne 8'  Cymbale IV  Clairon 4'    Dermogloste
Clairon 4'  Trompette 1 8'    
  Trompette 2 8'    
  Clairon 4'     
  Grand Cornet V    

Autres caractéristiques :
76 jeux - 4 claviers manuels de 56 notes et pédalier 32 notes
Traction mécanique des claviers
Traction électrique dex jeux
Tous les accouplements, tirasses, appels d'anches et mixtures
Combinateur électronique


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Historique :


Les premières mentions d'un orgue à cette cathédrale remontent quelques années avant 1530 puisque, dans l'assemblée capitulaire tenue le 8 juillet 1530, le chapitre décida, en principe, de remplacer les anciennes orgues par de nouvelles. Le contrat fut signé le 6 août 1530 avec deux facteurs lyonnais, les frères Alexandre et François des Oliviers. Des ententes particulières furent conclues avec des artistes beauvaisins, le peintre Scipion Hardouin et un sculpteur non identifié, les 20 février et le 3 juillet 1531 pour la décoration du buffet.

L'orgue fut construit pendant que l'érection de la cathédrale se poursuivait. La construction de l'orgue dura deux ans: au mois de septembre 1532, l'instrument était entièrement terminé, et le 6, eût lieu sa réception par deux experts choisis par le chapitre, le chanoine Mouton et un organiste venu avec lui de Paris. L'orgue est installé à l'angle du déambulatoire et du transept sud dans la chapelle des fonts baptismaux.


Au mois d'août 1540, les orgues furent endommagées par la chute sur l'instrument de matériaux que les ouvriers occupés à la construction du transept méridional laissèrent échapper. Le 16 août, un facteur d'orgues vient d'Amiens pour se rendre compte de l'étendue du désastre; mais on jugea prudent de surseoir aux réparations jusqu'à ce que les piliers voisins des orgues fussent entièrement achevés et on résolut, au mois de novembre, d'avoir de nouveau recours à François des Oliviers. Les travaux se déroulèrent du mois d'avril au mois de septembre.


La perte des registres capitulaires, détruits par un incendie en 1940, nous laisse dans la plus grande ignorance concernant la composition de cet orgue, fameux à l'époque, dit-on, durant plus de deux siècles. Il possédait, sans doute, trois claviers et un pédalier.


Pendant la révolution, les commissaires du district examinèrent l'orgue: ils trouvèrent que les jeux étaient bons et, malgré le style gothique du buffet qui n'avait rien de recommandable, ils conclurent à la conservation de l'instrument que l'on pourrait utiliser pour les fêtes nationales.


En 1823, l'horloger Gorin, qui était chargé de l'entretien de l'orgue, signala l'état de délabrement du grand orgue ce qui décida le Conseil de fabrique à demander, le 6 avril 1825, un devis à Pierre-François Dallery. Le Conseil de fabrique n'ayant pas donné suite à ce devis, évalué à 15 000 francs, consulta un autre facteur, M. Delille qui présenta deux projets, le 10 août 1825. Le premier, d'une valeur de 8 200 francs, excluant les réparations au buffet et un second qui se bornait à effectuer seulement des réparations urgentes (2 500 francs), des réparations au buffet (400 francs) et d'ajouter un clairon (400 francs). Ce deuxième projet fut accepté et une fois l'instrument démonté, il constata, qu'en raison de leur vétusté, les tuyaux et pièces étaient inutilisables et annonça qu'il n'était pas en mesure de réaliser les travaux.


C'est alors que le Conseil de fabrique décida de demander conseil à Pierre-Marie Hamel, un magistrat de Beauvais et facteur d'orgues à ses heures, qui accepta de s'occuper de la restauration. Il prit contact avec Cosyn, facteur d'orgues de l'École Royale de Musique à Paris, qui prépare, le 27 novembre 1825, un devis estimé à 26 700 francs. Il y eut alors un projet de déplacement de l'orgue au fond de la cathédrale comme en témoigne la lettre adressée le 4 septembre 1826 par le Préfet au Ministère des Affaires Ecclésiastiques mais le projet a été abandonné parce que les frais d'une nouvelle tribune eussent été trop considérables et que l'orgue serait exposé à des dégradations plus fréquentes que dans l'emplacement qu'il occupe actuellement.


Le projet de Cosyn est jugé, à prime abord, comme excessif et est référé à une commission présidée par l'organiste de Notre-Dame-des-Victoires et professeur d'orgue et d'harmonie de la Maison royale de Saint-Denis pour étude et recommendations. Ce rapport sera remis le 20 août 1827. Pendant ce temps, le devis, tel que présenté, sert de base pour obtenir une réparation extraordinaire de 27 000 francs que propose le préfet, dans une lettre du 16 avril 1826 au Ministre des Affaires Ecclésiastiques. L'autorisation officielle est datée du 8 mai 1828.


Dans un devis daté du 16 août 1826, Landon, architecte du département de l'Oise, décrit les divers travaux à effectuer en réparations à faire en charpente, menuiserie pour consolider la tribune de l'orgue. Il précise, en préambule, que « la tribune qui supporte l'orgue a été placée au milieu du XVIe siècle aux dépens d'une chapelle située à droite de l'entrée principale actuelle. Sa construction est en charpente et de plus, elle est en mauvais état et présente à la vue un aspect désagréable ». Ce devis se monte à 3 455 francs.


Dans un rapport au Ministre du 21 août 1826, le préfet écrit que l'orgue de la cathédrale et la tribune qui le supporte sont dans un état de délabrement qui exige des réparations extraordinaires pour prévenir leur ruine. L'autorisation d'exécuter les travaux de restauration de la tribune est datée du 25 mai 1828 et ce, pour une somme de 6 809 francs.
De tous ces documents et ces dates, nous ne pouvons rien assurer. Nous supposons que bien des documents manquent et, qu'en conséquence, il faut penser que des travaux ont dû débuter avant l'agrément officiel, tant sur l'orgue que sur son buffet. Puis, petit à petit, on a décidé de démonter l'ancien buffet vermoulu et trop petit, qui fut vendu le 12 août 1828, pour le remplacer par une tribune solide et spacieuse et comme il fallait aller à l'économie, le buffet fut réduit au strict minimum dans son ornementation.

Le 24 septembre 1829, le Conseil de fabrique procédait à la réception de l'orgue: ils entendirent successivement plusieurs organistes distingués de la capitale qui mirent à l'épreuve tous les jeux d'une manière détaillée.


Le 2 janvier 1844, M. Hamel remet à Mgr. l'Évêque un long rapport sur l'état de l'orgue de la cathédrale dans lequel il recommande de procéder à un relevage. La maison Daublaine-Callinet prépare le devis des réparations et estime le coût des travaux à 9 850 francs. Ce rapport est rejeté le 27 juin 1844 et il faudra attendre plus de deux ans pour reparler de ce devis.


L'Évêque de Beauvais (28 décembre 1847) et le Préfet (18 janvier 1848) demandent au Ministre de la Justice et des Cultes un secours de 9 850 francs pour la réparation du grand orgue. Dans sa lettre de mars 1848, le Ministre provisoire de l'Instruction Publique et des Cultes, Hippolyte Carnot, rappelant que son prédécesseur avait déjà refusé ce crédit à cause des sommes importantes affectées à la construction du séminaire de Bauvais, confirme que, pour le moment, il refuse également ce crédit en arguant le manque de fonds, que trop d'entreprises sont à aider et que de toutes manières la maison Daublaine-Calliner ayant cessé d'exister, le devis est non avenu.


L'Évêque de Beauvais avait déjà demandé, le 12 février 1840, la construction d'un orgue d'accompagnement dans le choeur, précisant que les cérémonies remettant à l'honneur la musique vocale religieuse, on était obligé de construire, sous le grand orgue, un podium pour accueillir plus de deux cents choristes, ce qui n'était ni pratique, ni esthétique, provoquant même des dommages au grand orgue. Cet orgue de choeur, construit par M. Ducroquet, successeur de Daublaine-Callinet, fut reçu par Hamel le 27 février 1850; il comportait trois claviers et un pédalier qui ont été ramenés à deux claviers et un pédalier lors de sa reconstruction.


Le 10 avril 1866, M. Hamel présenta un rapport sur l'état de la soufflerie du grand orgue, dans lequel il proposait le remplacement de la première soufflerie construite selon l'ancien système par une soufflerie à plis compressés et à pression rigoureusement constante, selon un devis présenté par MM. Barker et Verschneider, facteurs à Paris. Ces travaux coûtèrent 4 000 francs. On en profita pour faire un relevage de l'orgue sous la direction de M. Hamel.


L'orgue de la cathédrale ne subit pas d'autres modifications jusqu'en 1922; date qui voit la transformation de la pédale de 24' en 16' pour les jeux d'anches de 1827, ainsi que la suppression du cinquième clavier.


Au cours des bombardements des 6,7 et 8 juin 1940 qui dévastèrent Beauvais, quelques bombes tombèrent sur la cathédrale; l'une d'elles, au souffle puissant, disloqua complètement les grandes orgues qui restèrent muettes, lamentablement pantelantes, pendant plus de trente années! Comme si cet irréparable malheur n'était pas suffisant, des malfaiteurs se laissèrent enfermer un soir en 1942 dans la cathédrale et volèrent une grande partie des tuyaux du positif, riches en étain.


En 1945, l'archiprêtre de la cathédrale, Mgr. Tesson, reprenant le projet de 1826, demande à la Commission des Beaux-Arts le transfert de l'orgue au fond de la cathédrale. La suggestion est accueillie favorablement mais le projet semble tomber dans l'oubli. En 1959, la Commission des Beaux-Arts annonce que les travaux doivent commencer incessamment mais les promesses restent sans effets.


En 1966 naît l'Association des Amis des Grands Orgues de la Cathédrale de Beauvais pour prendre en mains la restauration des orgues. Malgré les nombreuses démarches et initiatives, il faudra encore attendre treize nouvelles longues années jusqu'à l'inauguration de 1979.


Pendant trois années, de 1966 à 1969, rien de constructif n'aboutit et l'évêque de Beauvais, Mgr. Desmazière, intervenant lui-même, reçoit, le 10 décembre 1969, une lettre du Ministère des Affaires Culturelles indiquant qu'il a décidé d'inscrire la restauration de l'orgue de Beauvais en priorité sur la liste de 1971, en précisant qu'à la suite de la réunion de la Commission des Orgues du 24 juin, l'emplacement à donner à l'orgue a été décidé: il ne sera plus dans la chapelle latérale, mais sur le mur de fond de la cathédrale. En novembre 1970, le démontage et l'inventaire de l'orgue commençe par les soins du facteur Danion-Gonzalez.

À la suite de longues discussions, il fut décidé, sur le projet de J.-P. Paquet, puis de Y. Boiret, architectes des Monuments Historiques, de reconstruire l'orgue au fond de la cathédrale, sa place normale, d'y adjoindre onze nouveaux jeux le portant ainsi à soixante-dix-sept jeux, tout en conservant les jeux en état d'être réutilisés, et de le doter d'une traction mécanique.


Même si l'orgue ne devait pas être placé au fond de la cathédrale, d'énormes travaux d'architecture furent nécessaires à la première travée de la nef existante. Pendant ce temps, le facteur Danion-Gonzalez commençe, dans ses ateliers de Rambervillers, la restauration de l'instrument. Dès avril 1978, après que la tribune fut terminée, l'orgue fut monté sur place puis harmonisé. Les facteurs se chargèrent également de doter l'orgue d'un buffet en chêne d'un très bel effet dans cette cathédrale si élevée.


Cet orgue imposant est en parfait équilibre et bien proportionné par rapport aux cinquante mètres (cent soixante-quatre pieds) de hauteur de l'édifice; de véritables 32 pieds encadrent l'ensemble; l'ut 32' mesure 11,7 mètres (38,4 pieds) avec un diamètre de 40 centimètres (1,3 pieds); des tuyaux de 32', énormes à transporter lors de leur arrivée à la cathédrale, sont en réalité bien à leur place, bien en proportion avec le reste de l'orgue et des piliers de la cathédrale.


L'inauguration de ces grands orgues eût lieu le dimanche 20 mai 1979 avec le prestigieux concours de Pierre Cochereau et de deux cents choristes en présence d'une foule de six mille personnes enthousiastes. Ce fut un moment d'intense émotion après près de quarante années de silence!


Le tout est remarquable: la beauté des fonds, la clarté des mixtures, la finesse des jeux de détail, l'éclat et la puissance des nombreuses et magnifiques anches emplissent majestueusement les voûtes séculaires. La richesse des timbres, la variété extraordinaire des divers plans sonores qui ont chacun leur personnalité et qui se fondent parfaitement dans le tutti général de l'orgue qui est d'une clarté exceptionnelle, d'une puissance saisissante mais sans excès, font l'admiration des vrais mélomanes et font honneur à la facture française d'orgues.


En outre, où que l'on se place dans la cathédrale, les sonorités sont parfaitement ressenties puisque cette cathédrale n'est ni trop longue, ni trop large (elle est déjà si haute!); l'écho y est raisonnable et on ne s'aperçoit pas de l'éloignement comme en tant d'autres grandes églises, lorsque l'on se trouve loin de l'instrument.


Cet orgue colossal, l'un des dix plus grands de France, le seul à montrer une façade d'étain descendant réellement à l'ut de 32 pieds. Il possède le plus grand buffet d'orgue jamais construit en France depuis celui de l'église Saint-Sulpice et a été entièrement réalisé dans les ateliers du facteur Georges Danion-Gonzalez.



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